Inglourious Basterds avance vers un dénouement commun à travers cinq chapitres. Sa structure ne consiste pas à bouleverser sans cesse l’ordre de l’histoire : elle combine un large saut dans le temps, des intrigues parallèles et de brefs retours en arrière.
De la ferme de 1941 aux opérations de 1944
Le premier chapitre, Once Upon a Time… in Nazi-Occupied France, situe en 1941 la visite de Hans Landa à la ferme de Perrier LaPadite. La conversation conduit à la découverte de la famille Dreyfus, cachée sous le plancher, et à la fuite de Shosanna. Cet épisode précède le cœur de l’action, qui occupera le reste du film. Sur le plan chronologique, il sert à établir une expérience que la protagoniste porte en elle lorsqu’elle réapparaît sous une autre identité.
Le film ne montre pas de façon continue tout ce qui se passe entre la fuite et la vie que Shosanna mène ensuite à Paris. Le passage du temps est exprimé par la structure en chapitres et par la nouvelle situation de Shosanna. Il ne faut pas combler ce vide en inventant une biographie. Nous savons qu’elle a survécu et qu’elle a obtenu une identité qui lui permet de gérer un cinéma, mais le film ne met pas en scène chaque étape de cette transformation.
Le deuxième chapitre présente Aldo Raine et son unité de soldats juifs américains, ainsi que les membres qui rejoignent son groupe. L’action de cette équipe se déroule pendant la période ultérieure de la guerre, qui mène à 1944. Le recrutement, les activités du commando et la réaction du commandement nazi sont organisés de manière à montrer comment sa réputation se forge. Tout ce que nous voyons dans ce bloc ne se déroule pas au cours d’une seule journée.
L’épisode contient également des informations rétrospectives, comme la présentation de Hugo Stiglitz. Ces passages éclairent le parcours d’une personne ou un comportement, sans se substituer au fil principal de l’action. Il convient de les distinguer du grand saut entre 1941 et 1944 : situer une nouvelle période est une chose, interrompre brièvement une scène pour apporter des éléments de contexte en est une autre.
Les troisième et quatrième chapitres ouvrent des intrigues parallèles
Le troisième chapitre, German Night in Paris, retrouve Shosanna sous l’identité d’Emmanuelle Mimieux. Sa rencontre avec Fredrick Zoller et le désir de celui-ci de déplacer la première dans son cinéma déclenchent une possibilité qu’elle n’avait pas cherchée de cette manière. Le chapitre fait converger sa vie actuelle avec l’appareil de propagande nazi et avec Landa, dont l’apparition ravive le souvenir de la ferme.
La chronologie de ce bloc avance des rencontres avec Zoller jusqu’à la préparation de la première. Cela ne signifie pas que la propriétaire connaisse les actions des Bâtards que nous avons vues auparavant. Les intrigues sont liées pour le spectateur, mais les personnages disposent encore d’informations différentes. Ce principe est plus utile pour suivre le film que d’essayer de replacer chaque scène dans un calendrier quotidien que le montage ne fournit pas.
Le quatrième chapitre, Operation Kino, présente la préparation britannique d’une opération contre la première. Archie Hicox reçoit ses instructions et rencontre les contacts qui doivent faciliter l’infiltration. La rencontre dans la taverne entraîne des morts et oblige à modifier la composition du groupe qui se rendra au cinéma. En parallèle, Landa recueille des indices qui lui permettent de reconstituer une partie des événements.
Ces événements doivent être placés avant la soirée de la première, mais il n’est pas nécessaire de supposer que tout le troisième chapitre se termine avant le début de la moindre action du quatrième. Le découpage organise l’accès à chaque intrigue. Le montage sélectionne un ensemble de faits, revient en arrière ou change de groupe quand il le faut, et prépare la convergence. L’ordre de présentation et le calendrier complet ne sont pas exactement la même chose.
Le cinquième chapitre rassemble toutes les temporalités
Revenge of the Giant Face concentre les préparatifs immédiats et la soirée de la première. Les différentes intrigues qui pouvaient auparavant occuper des chapitres distincts se rejoignent désormais autour d’un même événement. Shosanna et Marcel ont leur plan, les infiltrés alliés ont le leur, et Landa tente de tirer parti de ce qu’il découvre. La tension tient au fait que tous agissent dans une fenêtre de temps de plus en plus réduite.
Le montage alterne entre les espaces du cinéma, la cabine de projection et les déplacements des personnages pour montrer la simultanéité. Il ne faut pas lire chaque coupe comme si l’action précédente était entièrement terminée. La projection fournit un repère commun : pendant que les spectateurs regardent un film, d’autres personnes préparent ou mettent en œuvre des décisions qui auront des conséquences dans toute la salle.
La mort de Shosanna et l’apparition ultérieure de son message ne renversent pas le cours du temps. L’image a été enregistrée auparavant et est diffusée ensuite. Cette distinction entre l’événement et son enregistrement est essentielle pour comprendre le visage géant : le personnage peut mourir avant que sa représentation n’accomplisse la fonction qu’elle avait préparée. Le film utilise une capacité ordinaire du cinéma dans une situation extraordinaire.
Après la destruction du bâtiment, la rencontre entre Aldo et Landa clôt une autre intrigue : la reddition et les conséquences de la négociation. Le film n’a pas besoin de raconter toute l’histoire de l’après-guerre pour résoudre ce conflit immédiat. Il s’achève lorsqu’il devient clair que Landa ne contrôlera pas, comme il l’avait prévu, l’identité sous laquelle il voulait quitter la guerre.
Comparée à d’autres formes de récit non linéaire de Tarantino, la structure d’Inglourious Basterds est relativement linéaire. Ses complications tiennent surtout à qui sait quoi, aux histoires antérieures insérées dans le récit et à l’alternance entre les groupes. Pour suivre le film, il suffit de garder trois repères : 1941 comme point de départ de l’histoire de Shosanna, 1944 comme période de convergence et la première comme moment où les plans se rejoignent.
Pour plus de contexte, consultez le guide d’Inglourious Basterds.
