John Ruth, le chasseur de primes qui tient à mener ses prisonniers jusqu’à la potence

Le surnom de John Ruth décrit le sort qu’il réserve à ses prisonniers. Son insistance à les conduire vivants à leur destination va de pair avec une brutalité qui complique toute identification simpliste entre son métier et la justice.

Pourquoi on le surnomme le Bourreau

John Ruth, interprété par Kurt Russell, est surnommé le Bourreau parce qu’il conduit ses prisonniers vivants à la potence. C’est un chasseur de primes, et non le bourreau officiel chargé d’actionner le gibet. Cette distinction professionnelle est importante : son rôle consiste à livrer une personne pour qu’elle soit punie par la suite, tandis que d’autres hommes du même métier peuvent toucher leur prime en présentant un cadavre.

Ce choix lui impose des difficultés supplémentaires. Un prisonnier vivant peut s’échapper, tromper son ravisseur, l’attaquer ou recevoir de l’aide. Ruth accepte ces risques et les intègre à sa fierté. Au début du film, Daisy Domergue est menottée à lui et se dirige vers Red Rock. Cette proximité physique transforme son travail en une surveillance permanente, qui influe sur chaque mouvement dans la diligence, puis dans la mercerie.

Sa relation avec Warren permet d’expliquer cette différence sans recourir à une explication extérieure. Tous deux connaissent le métier de chasseur de primes, mais l’exercent différemment. Warren ramène ses cibles mortes ; Ruth insiste pour suivre le parcours qui se termine par une exécution publique. Le dialogue présente ce métier comme une activité économique avec ses styles, ses réputations et ses codes personnels, et non comme une institution uniforme.

Sa réputation lui sert aussi à imposer son autorité. Ceux qui le connaissent savent qu’il n’attend pas qu’on négocie la libération de sa prisonnière. Son surnom agit comme une promesse intimidante : la capture annonce déjà une fin et vise à étouffer d’emblée tout espoir d’évasion. Pourtant, le film consacrera une grande partie de sa durée à montrer qu’entre cette promesse et sa réalisation s’étend une zone d’incertitude.

La loi qu’il invoque et la violence qu’il exerce

Ruth veut que Daisy finisse à la potence, mais son respect pour cette procédure va de pair avec les coups et les humiliations. Il la maltraite pendant le trajet et dans la mercerie, souvent dans des scènes où la violence se mêle à l’humour noir. Ce contraste empêche de le présenter comme un gardien impartial. Sa prisonnière est toujours en vie, mais cela ne garantit ni un traitement humain ni une relation exempte de sadisme.

La chaîne qui les relie rend cette contradiction tangible. Elle représente la surveillance et une prétendue obligation de garde, mais elle fait aussi de chaque agression un acte d’intimité forcée. Daisy ne peut pas s’éloigner de celui qui la frappe ; Ruth, de son côté, ne peut oublier la personne qu’il transporte. L’objet maintient les deux personnages dans un conflit physique qui ne s’interrompt pas lorsque les autres commencent à parler.

Le discours d’Oswaldo Mobray, qui se prétend bourreau, sur la loi et la vengeance trouve en Ruth un interlocuteur particulièrement intéressant. Le chasseur de primes veut livrer sa prisonnière à une autorité chargée d’achever le châtiment. Cette conversation semble proposer une justification ordonnée de son métier, même si le public voit que les émotions et les intérêts personnels influent déjà sur la garde de Daisy.

La façon dont Ruth parle de la potence transforme la procédure en menace adressée à Daisy. Il peut décrire un sort à venir tout en savourant l’effet immédiat de ses paroles. Le film réunit ainsi, en un seul personnage, la justice qu’il invoque et la violence qu’il exerce. Le spectateur doit observer ces deux aspects, plutôt que de laisser le premier effacer automatiquement le second.

Une surveillance étroite qui ne suffit pas

Ruth soupçonne que quelqu’un pourrait tenter de libérer Daisy. Ses précautions montrent qu’il comprend la fragilité de sa position. Il scrute les inconnus, surveille les armes et essaie d’organiser la pièce de manière à pouvoir réagir. Sa méfiance est fondée : la mercerie abrite bien une bande qui l’attend. Son erreur n’est pas d’imaginer des ennemis qui n’existent pas.

Le problème, c’est que ses mesures ne le protègent pas de toutes les formes d’attaque. Le café empoisonné atteint son organisme sans prendre la forme d’un duel manifeste. La boisson fait partie du fonctionnement normal du refuge et échappe à sa surveillance, concentrée sur les armes et les mouvements. La scène montre que surveiller une prisonnière et contrôler un environnement sont deux tâches distinctes.

Lorsqu’il comprend ce qui s’est passé, sa réaction reste marquée par la violence de sa relation avec Daisy. Son corps commence à le lâcher, mais il essaie encore de s’en prendre à elle. La prisonnière finit par lui tirer dessus et fait ainsi voler en éclats une autorité qui semblait indissociable de la chaîne. Ruth meurt avant d’accomplir la mission qui définissait sa réputation, tandis que son cadavre continue d’entraver physiquement les mouvements de Daisy.

L’interprétation de Russell mêle force, rudesse et moments de crédulité. L’émotion que suscite chez lui la lettre de Lincoln montre que sa méfiance n’est pas systématique : il peut accueillir avec enthousiasme une histoire qui répond à ce qu’il souhaite croire. Dans le travail de Kurt Russell et Walton Goggins avec Tarantino, Ruth incarne ce mélange de présence intimidante et d’angle mort émotionnel. On retrouvera son souvenir dans la méthode choisie pour exécuter Daisy, même si l’exécution finale a lieu loin de tout tribunal.

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