Que contient la mallette de Pulp Fiction et que savons-nous à son sujet ?

La mallette de Pulp Fiction contient quelque chose que Vincent et Pumpkin peuvent contempler, mais que le film ne montre jamais au public de manière identifiable. La lueur dorée et la fascination qu’elle suscite établissent son attrait dans l’histoire, sans préciser quel objet la produit. Elle peut s’ouvrir à l’écran tout en gardant son secret pour les spectateurs.

Cette différence explique en grande partie le mystère. Jules et Vincent ont une mission précise : récupérer un bien appartenant à Marsellus Wallace. Leurs difficultés à le conserver restent compréhensibles, même si nous ignorons sa nature. La question de son contenu naît d’une information que les personnages connaissent et que le montage nous dissimule, et non d’une mission dont personne ne comprendrait le but.

Les diamants relèvent d’une idée initiale documentée ; l’âme de Marsellus, d’une interprétation. Distinguer ces deux niveaux permet d’analyser la mallette sans prendre une étape de l’écriture pour une révélation du film sorti en salles. Cela aide aussi à comprendre pourquoi un objet si peu expliqué peut alimenter les débats, éveiller la convoitise et relier entre eux les événements de la matinée des deux tueurs à gages.

Ce que l’on voit quand la mallette s’ouvre

Dans Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994), Vincent récupère la mallette dans l’appartement de Brett, la pose sur un plan de travail et l’ouvre. La lumière qui en émane accompagne sa réaction de satisfaction. Sa réponse à Jules confirme qu’ils ont bien trouvé ce qu’ils cherchaient. Le contenu reste hors de notre vue, même si la mission, elle, est accomplie.

Un gros plan s’attarde sur la serrure à combinaison. La lumière dorée ajoute un autre élément à la mise en scène de l’objet. Aucun de ces détails ne révèle à lui seul le nom de ce qu’il contient. Dans la scène de l’appartement de Brett, l’ouverture sert d’abord à lever un doute pratique : les hommes de Marsellus ont retrouvé son bien. La curiosité du public persiste alors même que Vincent a obtenu sa réponse.

La seconde ouverture importante s’adresse à un autre personnage. Pendant le braquage du restaurant, Pumpkin exige de voir l’intérieur et en reste impressionné. Son admiration produit le même effet que celle de Vincent, mais cette fois, c’est quelqu’un qui n’a rien à voir avec la mission qui le découvre. Honey Bunny demande ce que son compagnon regarde et n’obtient pas non plus d’identification. La scène fait ainsi entrer notre question dans la conversation sans nous apporter de réponse.

Le procédé repose sur les réactions. Les visages confirment que quelque chose mérite l’attention, tandis que le cadrage en dissimule l’apparence. On peut y voir une manière de conférer à l’objet le désir de ceux qui le contemplent : nous en connaissons l’effet avant d’en connaître la nature. Vincent l’examine dans le cadre d’un travail ; Pumpkin le découvre comme un éventuel gain inattendu. La même mise en scène se prête à ces deux regards et fait paraître la mallette précieuse aux yeux de personnes aux intérêts différents.

Les diamants du premier scénario et la théorie de l’âme

Roger Avary a expliqué que les diamants étaient une idée initiale abandonnée parce qu’elle était trop prévisible. Son témoignage figure dans Questions for the Movie Answer Man (Roger Ebert, 1997). La décision prise par la suite a été de ne pas montrer le contenu. Cet antécédent de l’écriture ne permet pas d’identifier le contenu du film achevé.

La comparaison avec les diamants de Reservoir Dogs présente un intérêt précis. Dans ce film, le butin est clairement défini et les conflits portent sur la fuite, la trahison et sa possession. Dans Pulp Fiction, le contenant permet de suivre un bien dont la nature reste cachée. Cette comparaison met en évidence une similitude narrative. Aucun des deux films n’établit que les bijoux passent d’un récit à l’autre.

La théorie de l’âme relie le 666, la lumière et le pansement de Marsellus Wallace. Ebert la présente comme une légende répandue sur Internet. Elle avance que la mallette contient une âme récupérée auprès du diable ; le pacte et la restitution ne sont pas des événements montrés à l’écran.

En tant qu’interprétation, elle permet d’attribuer à l’objet une valeur personnelle extrême pour Marsellus. Elle atteint ses limites lorsqu’on cherche à expliquer chaque geste des personnages par cette théorie : l’obéissance des tueurs à gages s’explique aussi dans le cadre d’une mission criminelle ordinaire. La lueur se prête à une lecture fantastique, mais l’intrigue n’a pas besoin d’établir des règles sur les âmes, les diables ou les échanges surnaturels pour avancer.

Un objet qui structure le conflit

Dans son entretien accordé à Playboy en 2003, reproduit par The Quentin Tarantino Archives, Tarantino explique qu’il préfère préserver les interprétations des spectateurs plutôt que de les remplacer par la sienne. Il considère l’âme comme une interprétation valable pour qui veut l’imaginer. Son approbation est toutefois conditionnelle : il salue cette possibilité d’interprétation sans prétendre avoir révélé le contenu officiel.

La fonction de MacGuffin est ici très précise. La mallette donne un objectif matériel à la visite de l’appartement, puis introduit un conflit particulier au cours du braquage du restaurant. Sa présence oblige à décider qui peut l’emporter et jusqu’où Jules est prêt à la défendre. Pour comprendre ces décisions, il suffit de connaître le rapport de propriété et l’engagement des personnages à le respecter.

Le montage renforce son importance en revenant au restaurant. Lorsque nous faisons la connaissance de Pumpkin et de Honey Bunny, le restaurant semble être une cible pour leur prochain braquage. À leur retour, nous savons déjà qui est le client qu’ils tentent de dévaliser et ce qu’il a vécu au cours de la matinée. La mallette transforme une rencontre fortuite en prolongement d’une mission que nous pensions terminée après avoir quitté l’appartement.

Marsellus Wallace exerce son autorité même en son absence : l’objet représente une obligation contractée envers lui. Jules insiste pour conserver un bien qui ne lui appartient pas tout en négociant avec Pumpkin. Cela permet à son changement de comportement et à sa responsabilité dans la mission de coexister dans la même scène. Le mystère du contenu reste entier ; en revanche, la question de savoir qui sortira du restaurant avec la mallette est tranchée.

Avary a également exprimé des réserves sur l’effet lumineux : dans le témoignage repris par Ebert, il estimait que l’ampoule orange orientait une possibilité ouverte vers le surnaturel. Cette remarque est utile pour distinguer un choix de mise en scène d’une explication du monde fictif. Une véritable lumière utilisée pendant le tournage peut représenter une lueur extraordinaire sans que le film ait à en identifier la cause.

L’effet dépend aussi de l’endroit où se porte l’attention. La lumière éclaire celui qui regarde à l’intérieur et fait de son visage la surface où le public perçoit ce qui est caché. Il s’agit d’une sorte de portrait indirect du contenu : nous pouvons lire la fascination, la reconnaissance ou le désir chez les personnages, mais nous ne disposons d’aucune forme qui nous permettrait de classer l’objet. Ce procédé donne à la mallette une présence visuelle plus forte que celle d’une simple boîte fermée. L’ouverture offre un événement visible tout en préservant la partie de l’information que nous espérons le plus recevoir.