Les storyboards de Reservoir Dogs : comment les plans ont été préparés

Quentin Tarantino a expliqué qu’il avait préparé Reservoir Dogs à l’aide de listes écrites de plans. Dans son récit de sa collaboration avec Andrzej Sekula, il a précisé qu’il n’avait pas utilisé de storyboards dessinés et qu’il décrivait les cadrages et les mouvements qu’il souhaitait réaliser. Ce témoignage permet de déterminer quels documents de préparation peuvent être attribués au film.

Un storyboard organise une séquence en vignettes ; une liste de plans peut, elle, préparer une partie du travail par écrit. Le réalisateur se servait de l’écriture pour anticiper ce que la caméra devait faire, puis discutait des solutions avec le directeur de la photographie. Le résultat dépendait aussi de ce que les acteurs faisaient dans l’espace et du temps disponible pour le tournage.

La concentration des conversations dans l’entrepôt rend cette préparation particulièrement importante. Écouter quelqu’un peut impliquer de regarder la personne qui parle, d’observer une réaction ou de maintenir plusieurs personnes dans le même cadre. Préparer la scène suppose de décider quelle relation montrer à chaque instant. Les entretiens et les indications du scénario donnent des exemples de ce travail, sans qu’il soit nécessaire de supposer l’existence d’une collection de croquis originaux.

La réponse à la question des storyboards se trouve dans le témoignage de Tarantino lui-même. Dans un entretien réalisé à Cannes et publié par Positif en septembre 1992, repris dans la critique de Reservoir Dogs publiée par Blu-ray Downlow en décembre 2022, il a expliqué qu’il ne les avait pas dessinés : il avait préparé des listes détaillées de plans et confronté ses propositions à celles de Sekula. Il décrivait par écrit la position et le mouvement de la caméra.

La préparation écrite avant le tournage

Une liste de plans permet d’organiser les images nécessaires pour couvrir une scène. Elle peut indiquer qui apparaît, d’où la personne est observée et à quel moment le cadrage change. La description se concentre sur une tâche de tournage ; le storyboard y ajoute une représentation graphique. Ce sont des documents distincts, même si tous deux peuvent aider à réfléchir au rapport entre une action et la caméra.

Tarantino a évoqué un autre aspect de cette préparation auprès de Paul Zimmerman, dans son entretien de 1992 pour Orbit, conservé par le Quentin Tarantino Fan Club. Il a dit avoir écrit la poursuite plan par plan. Cet exemple montre que certaines décisions visuelles pouvaient déjà figurer dans le scénario, avant d’être consignées dans un outil spécifique au tournage.

La version datée du 22 octobre 1990, reproduite sur IMSDb, comporte des indications de point de vue et de mouvement. Dans le passage où Pink s’enfuit, par exemple, elle propose de suivre sa course avec la caméra. Cette indication décrit une intention écrite. Pour déterminer ce qui a été conservé dans le film sorti en salles, il faut observer son montage, car un scénario antérieur peut aussi contenir des actions ou des solutions qui seront modifiées par la suite.

Les pages et les entretiens fournissent donc des preuves de la préparation visuelle. Ils ne permettent pas, à eux seuls, d’identifier une planche qui circulerait des années plus tard comme un document original. Un dessin réalisé à partir d’une photogramme peut reconstituer un plan avec précision tout en restant une interprétation postérieure. Sa date et sa provenance sont nécessaires pour savoir quel lien il entretient avec le travail de production.

Décider où porter son regard pendant une conversation

La préparation pose un défi concret dans l’entrepôt de Reservoir Dogs : une grande partie de l’action consiste à parler et à écouter. La caméra peut garder deux hommes dans le cadre afin qu’une accusation et sa réponse partagent le même espace. Elle peut aussi se rapprocher de l’un et laisser la voix de l’autre hors champ. Ces choix modifient l’endroit où le spectateur cherche les informations.

Une réplique n’impose pas de changer immédiatement de plan. Parfois, la réaction de la personne qui écoute explique mieux la situation que le visage de celle qui parle. Maintenir Orange, allongé, dans la composition rappelle aussi une urgence que les autres peuvent remettre à plus tard. L’image conserve des informations même lorsque le dialogue porte sur autre chose.

Les listes écrites pouvaient anticiper cette répartition de l’attention, mais le travail avec Sekula permettait d’envisager d’autres solutions. La collaboration décrite par Tarantino laisse une marge entre l’idée initiale et l’image réalisée : une proposition peut être revue parce qu’un autre emplacement ou mouvement rend plus claire la relation entre les acteurs. La connaissance du lieu et du jeu des acteurs apporte des contraintes que la préparation doit traduire en décisions pratiques.

Le film permet d’étudier le résultat de ces décisions ; les témoignages éclairent une partie du processus. Cette distinction compte lorsqu’on recherche ses storyboards : le document attesté par le réalisateur est une préparation par écrit, élaborée en dialogue avec l’équipe. La précision du cadrage final n’implique pas que chaque image ait existé auparavant sous la forme d’une vignette dessinée.

Une scène dialoguée permet d’apprécier le travail de préparation, même lorsque la caméra reste immobile. Il importe de savoir qui entre dans le cadre, quelle distance le sépare d’un autre personnage et ce qui se passe pendant qu’il écoute. L’immobilité peut préserver un rapport de force qu’un changement de plan dissocierait. Observer cette répartition aide à comprendre les décisions que la liste de plans devait résoudre.

Il convient aussi de distinguer la séquence narrative de l’ordre de travail. Une liste peut organiser les éléments à filmer sans encore définir la durée définitive de chaque image. Le montage s’appuie sur les images tournées pour décider combien de temps conserver une réaction et quand apporter une autre information. C’est pourquoi la description d’un cadrage ne suffit pas à reconstituer toute sa fonction.

Le cas de Reservoir Dogs est utile pour étudier cette continuité entre écriture, tournage et montage. Les mots anticipent une image, les acteurs occupent l’espace et le film détermine combien de temps nous la voyons. Chaque étape ajoute des contraintes concrètes à une préparation que le réalisateur avait commencée par écrit.