La sélection de films de guerre de sa cinémathèque va bien au-delà des batailles : elle comprend aussi l’espionnage, la résistance et les films d’aventure.
Une sélection de préférences, pas un classement définitif
Dans son entretien avec Ella Taylor pour The Village Voice, en août 2009, Tarantino a salué des films de propagande comme This Land Is Mine, Man Hunt et Reunion in France. Cette sélection ouvre la voie à un cinéma où l’occupation, la persécution et la résistance comptent autant que le combat. La guerre transforme la vie civile et fait de décisions en apparence privées des actes aux conséquences politiques.
Ces trois titres permettent de commencer par une distinction utile. Un film sur la Seconde Guerre mondiale peut se dérouler loin des tranchées, et un film réalisé pendant le conflit s’inscrit dans un horizon différent de celui d’une reconstitution ultérieure. À l’époque, les spectateurs ne connaissaient pas l’issue historique. L’urgence de convaincre, de mobiliser ou de défendre une position faisait partie de leur rapport au présent.
Cette dimension n’exclut pas le divertissement. Le suspense, la romance et l’aventure peuvent véhiculer un propos politique tout en restant des expériences dramatiques à part entière. Pour le constater, il suffit de se demander qui détient les informations, qui peut se déplacer librement et quels risques comporte une conversation. L’occupation peut être représentée par une porte surveillée ou un soupçon plutôt que par une grande bataille.
Résistance et persécution dans trois films des années 1940
This Land Is Mine, réalisé par Jean Renoir en 1943, s’articule autour d’un instituteur interprété par Charles Laughton. La fragilité du protagoniste renouvelle la représentation du courage. Le film n’a pas besoin de le présenter comme physiquement invulnérable pour donner du poids à ses décisions. La peur fait partie du dilemme moral : agir n’a pas le même sens quand le personnage comprend ce qu’il risque de perdre.
C’est précisément cette échelle qui fait l’intérêt du film pour une séance de cinéma de guerre. L’autorité s’exerce sur les institutions, les mots et les relations du quotidien. Une communauté peut s’adapter, résister ou justifier son adaptation de différentes manières. Le spectateur voit le langage public et les comportements privés entrer en conflit. La guerre n’est pas un événement qui se déroule hors du village, mais une force qui recompose les loyautés.
Man Hunt, de Fritz Lang, sorti en 1941, offre une autre porte d’entrée : la traque. Son intrigue fait du fugitif quelqu’un qui doit constamment évaluer ce que sait son adversaire et dans quelle mesure il peut faire confiance à un inconnu. Le suspense repose sur un déséquilibre des moyens. La menace ne disparaît pas lorsqu’on quitte un lieu, car elle peut resurgir au sein d’un réseau de contacts et de surveillance.
Lang exploite cette incertitude pour rendre l’espace inquiétant. Une rue, une pièce ou une cachette changent de sens selon qui contrôle les entrées et les sorties. Le public partage les calculs du protagoniste et découvre que s’échapper ne signifie pas nécessairement retrouver sa liberté. Le film conviendra à ceux qui recherchent la tension de l’espionnage plutôt que les grandes opérations militaires.
Reunion in France, réalisé par Jules Dassin en 1942, inscrit le mélodrame dans la France occupée. Joan Crawford est en tête d’affiche de ce récit où les relations personnelles sont traversées par les doutes liés à la collaboration et à la résistance. L’apparence sociale d’une personne ne suffit plus à déterminer son camp. Un geste qui semble prudent peut être interprété comme de la complicité, tandis qu’une décision intime peut prendre une portée politique.
Les regarder avec les films précédents permet de comparer trois ressorts dramatiques : l’éveil moral, la traque et la confiance. Inutile de les classer du meilleur au moins bon pour apprécier ce qui les distingue. Chacun trouve sa façon de rendre sensible la pression du conflit sur une vie individuelle, et chacun invite le spectateur à un rapport particulier à la peur, au secret et à la responsabilité.
De la mission commando au spectacle italien
Lors d’une rencontre publique au Castro Theatre, dont Michael Guillen a rendu compte en août 2009, Tarantino a défendu The Inglorious Bastards, d’Enzo G. Castellari, comme une aventure d’hommes en mission. Ce film italien de 1978 permet de passer du suspense civil à une énergie plus physique : un groupe de francs-tireurs, des dangers successifs et une opération qui exige de coordonner des tempéraments différents.
L’attrait de ces aventures tient à l’alliance entre efficacité collective et indiscipline individuelle. Les participants peuvent justement être utiles parce qu’ils ne s’intègrent pas tout à fait dans une organisation réglementée. Cette contradiction suscite des conflits avant même l’affrontement avec l’ennemi. L’action dépend de la capacité du groupe à tirer parti de ses différences sans se disloquer, et à transformer une mission abstraite en obstacles bien concrets.
L’expression macaroni combat permet de situer ce cinéma de guerre italien, mais elle ne doit pas se substituer aux titres et à leurs réalisateurs. Tous les films de guerre appréciés par Tarantino ne relèvent pas non plus de cette tradition : dans Five Things, en 2020, il a mis en avant Apocalypse Now en évoquant le cinéma de 1979. Le film de Coppola entraîne le voyage militaire vers une désagrégation de l’autorité et de l’expérience. Le choix entre ces parcours dépend de ce que l’on recherche : la résistance civile, l’aventure commando ou une plongée dans la logique destructrice de la guerre.
Consultez la sélection de recommandations de Tarantino par genre.
