Women in Prison et Tarantino : la dureté de Women in Cages

Les films de femmes incarcérées mêlent évasion, mauvais traitements et spectacle. L’admiration de Tarantino ne justifie pas de les considérer comme s’ils offraient tous le même type de divertissement.

La recommandation attestée n’est pas une liste exhaustive

Lors de son intervention à Cinemanila en août 2007, Quentin Tarantino a évoqué avec admiration Gerardo de León et Women in Cages, sorti en 1971. Les comptes rendus de cette conversation ont souligné qu’il insistait sur la dureté et le désespoir du film. C’est une référence précise pour aborder le sous-genre Women in Prison, connu sous le sigle WIP, sans inventer un classement personnel de ses cinq ou dix titres préférés.

Cette nuance change les attentes du spectateur. Il ne s’agit pas simplement d’affirmer que tout film de prisonnières est divertissant. Tarantino souligne une expérience particulièrement âpre. La violence, les rapports de domination et la difficulté de s’évader pèsent sur le récit. Ceux qui s’attendent uniquement à une succession de bons mots irrévérencieux découvriront un ton plus hostile, qui ne transforme pas automatiquement la survie en célébration.

Women in Cagesmet en scène Pam Grier dans un rôle de responsable de la prison. Ne se souvenir d’elle que comme de la future héroïne d’action pourrait faire attendre ici la même posture morale. Sa présence invite à observer le personnage qu’elle incarne, plutôt qu’à compléter le film avec les rôles qu’elle interprétera plus tard. La force d’une actrice peut servir à incarner une menace, et pas nécessairement à offrir au public une figure protectrice.

Ce qui change d’une prison à l’autre

The Big Doll House, de Jack Hill, est également sorti en 1971 ; The Big Bird Cage, du même réalisateur, est sorti en 1972. Ces titres occupent une place proche dans l’histoire de ce cinéma et sont souvent regroupés dans des éditions vidéo. Ce rapprochement facilite la comparaison, mais n’en fait pas une trilogie narrative et ne prouve pas que Tarantino ait recommandé chacun d’eux dans les mêmes termes que Women in Cages.

L’opposition entre enfermement et évasion fournit un premier repère. Tant que les protagonistes sont soumises au contrôle de l’institution, le récit répartit le pouvoir à travers la surveillance, les punitions et des alliances précaires. Lorsque la possibilité de s’échapper se présente, le monde extérieur peut promettre la liberté ou révéler d’autres menaces. Le changement de décor ne garantit pas la disparition de la structure abusive qui retenait les personnages prisonniers.

Le WIP met aussi en tension la place centrale accordée aux femmes et l’exploitation de leurs corps. Confier aux femmes l’essentiel de l’action ne rend pas pour autant la manière de les filmer innocente. Dans ces films peuvent coexister solidarité, affrontements, humiliation et regard commercial qui utilise la nudité comme argument de vente. Reconnaître ce mélange permet de juger des scènes et des choix précis sans idéaliser tout le cycle en raison de son lien avec une star admirée.

The Big Bird Cageoffre un point de comparaison par son goût pour l’aventure et l’exagération. Cette orientation éditoriale aide à choisir quoi regarder, mais elle n’est pas présentée ici comme une phrase de Tarantino. Le cinéma de Hill et celui de De León ne produisent pas nécessairement le même effet, même s’ils partagent des interprètes, des conditions de production et des circuits de diffusion.

La valeur d’une recommandation dérangeante

L’intervention de 2007 invite à prendre au sérieux un film facilement relégué à une étiquette. Le prendre au sérieux, c’est aussi prêter attention à ce qui est déplaisant, à la répartition du pouvoir et à la manière dont le dénouement modifie ce que l’on a vu. Cela n’oblige ni à accepter ses images sans discussion ni à faire de la souffrance représentée un spectacle moralement neutre.

Pour suivre cette piste, Women in Cages est le choix auquel on peut attribuer une appréciation datée. Les deux films de Hill constituent un contexte de comparaison, et non une liste supplémentaire établie par le réalisateur de Jackie Brown. Cette distinction préserve ce qu’il y a d’utile dans son enthousiasme : signaler une œuvre précise et laisser au spectateur la possibilité d’en découvrir les qualités comme les limites.

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