Le film se déroule sur trois journées principales de 1969, mais comprend aussi des souvenirs, des extraits télévisés et une ellipse de six mois. Les remettre dans l’ordre permet de distinguer le présent du récit des images que les personnages évoquent ou interprètent.
8 février : une carrière en question et trois façons de rentrer chez soi
La première journée principale est le samedi 8 février 1969. Rick Dalton rencontre Marvin Schwarz, qui a examiné son travail et repéré un problème : ses apparitions en méchant invité risquent de conforter le public dans l’idée qu’il n’est plus un premier rôle. La proposition de chercher des débouchés en Italie ouvre le conflit professionnel qui accompagnera l’acteur. Rick reçoit cette analyse comme la confirmation de ses pires craintes pour l’avenir.
Cliff Booth l’accompagne et conduit sa voiture. Dans le présent du récit, son rôle va au-delà de celui de cascadeur : il est aussi chauffeur, assistant et ami. La conversation qui suit permet de voir comment il absorbe l’angoisse de Rick sans partager son sens du drame. À leur arrivée à Cielo Drive, l’acteur aperçoit ses nouveaux voisins, Roman Polanski et Sharon Tate. Cette proximité physique fait naître chez lui le fantasme d’une ascension professionnelle, en contraste avec la conversation pessimiste qu’il vient d’avoir.
La journée sépare ensuite les personnages. Rick reste chez lui, absorbé par son travail et ses habitudes ; Cliff retourne dans sa caravane, installée derrière un écran de cinéma en plein air, où l’attend Brandy. Sharon et Roman prennent part à la vie mondaine d’Hollywood que Rick observe de l’extérieur. Le montage parallèle ne signifie pas que les trois personnages parcourent les mêmes lieux ou qu’ils se connaissent personnellement. Il crée une simultanéité entre des modes de vie qui partagent une même ville.
L’ancienne interview télévisée de Rick et Cliff, montrée au début, ne date pas de ce samedi. Les images de films et de séries qui illustrent la conversation avec Marvin ne sont pas non plus de nouvelles scènes tournées par Rick pendant leur rencontre. Ce sont des éléments tirés de sa carrière et intégrés au récit. Faire cette distinction évite d’ajouter de faux déplacements à une chronologie dont le présent principal est bien plus linéaire que ne le laisse penser la diversité des formats.
9 février : le plateau, le cinéma et le ranch
Le dimanche 9 février constitue le bloc le plus long. Rick travaille sur Lancer et traverse une journée émotionnellement mouvementée. Il parle avec Trudi Fraser, se reconnaît dans le déclin d’un personnage littéraire, oublie une partie de son dialogue et se reproche son manque de préparation. Il finit par livrer une interprétation qui reçoit des éloges. Cette progression ne s’étend pas sur plusieurs jours de tournage : le film réunit échec, défoulement et rétablissement au cours de cette même expérience professionnelle.
Pendant ce temps, Cliff effectue des tâches pour Rick et monte sur le toit pour réparer l’antenne. C’est dans ce contexte que s’insère le souvenir de sa participation au tournage de The Green Hornet, avec notamment son combat contre Bruce Lee et son conflit avec Randy et Janet. Cette scène explique pourquoi il est difficile de l’engager comme cascadeur. Elle ne se déroule pas après qu’il est redescendu du toit et ne représente pas un deuxième emploi qu’il aurait exercé ce jour-là : elle appartient à un épisode antérieur que le montage fait ressurgir.
Le bref passage sur le bateau avec son épouse appartient lui aussi au passé. Sa place dans le film ne permet pas de fixer une date précise ni de reconstituer ce qui s’est passé. Il fonctionne comme une image associée aux rumeurs sur Cliff. Remettre le récit dans l’ordre chronologique exige de reconnaître que cette scène est antérieure, mais n’autorise pas à combler les événements omis par le montage. La seule certitude est que sa situation conjugale précède la vie que nous voyons en 1969, et non qu’on puisse reconstituer en détail son dénouement.
Au cours de cette journée, Cliff va chercher Pussycat et l’emmène au ranch Spahn. Il y cherche George, vérifie qu’il est vivant et se heurte à l’hostilité du groupe. De son côté, Sharon se promène dans Los Angeles et entre dans un cinéma qui projette The Wrecking Crew. Leurs parcours sont parallèles : tandis que l’un traverse un lieu inquiétant, elle prend plaisir à se voir à l’écran et à entendre les réactions du public. L’alternance crée un contraste, pas un lien de causalité immédiat.
La visite de Charles Manson à la maison de Cielo Drive s’inscrit dans ce bloc du récit. Sa présence relie la demeure à un visiteur qui cherche Terry Melcher, mais ne fait pas de tout ce qui se passe dans le film une reconstitution documentaire d’agendas réels. À la fin, Rick et Cliff partagent de nouveau un moment à la maison devant la télévision. Cette journée a ébranlé la confiance de l’acteur et fait apparaître une menace qui n’a pas encore rejoint sa vie.
L’ellipse jusqu’en août et la nuit qui passe minuit
Une ellipse d’environ six mois sépare février et août. Une narration résume le séjour de Rick en Italie, ses rôles et son mariage avec Francesca. Ces événements ont lieu pendant l’intervalle, même s’ils ne sont pas racontés avec autant de détails que les journées principales. Ils ne constituent pas une quatrième journée présentée du début à la fin. Le montage réduit une période de carrière à une transition qui explique comment les personnages reviennent à Los Angeles, transformés.
Le dernier bloc commence le 8 août. Rick et Cliff rentrent d’Europe, reprennent leurs habitudes et se préparent à leur prochaine séparation professionnelle. Ce soir-là, ils dînent puis retournent à Cielo Drive. Sharon et ses amis se trouvent dans la maison voisine. Les déplacements des assaillants les conduisent finalement chez Rick, et l’affrontement se poursuit jusqu’aux premières heures du 9 août. Parler de trois journées principales est donc utile, à condition de ne pas effacer le changement de date à la fin.
La structure associe ainsi deux journées consécutives d’hiver à une nuit d’été qui se prolonge. Les souvenirs ajoutent le passé ; les films dans le film ajoutent des niveaux de représentation ; l’ellipse résume plusieurs mois. Rien de tout cela n’oblige à décomposer l’ensemble comme un puzzle de fins annoncées à l’avance. Se repérer dans le temps permet de mieux apprécier le contraste essentiel : beaucoup de temps consacré à vivre et à travailler, puis quelques minutes capables de bouleverser à jamais le destin qui semblait tout tracé.
Retour au guide de Once Upon a Time... in Hollywood.
