Après la présentation télévisée de Rick et Cliff, Treat Her Right change l’échelle et l’énergie du film. La chanson permet de passer d’une image professionnelle fabriquée aux déplacements des protagonistes dans leur univers.
Roy Head & The Traits lancent le générique
Treat Her Right est l’enregistrement de Roy Head & The Traits qui accompagne le générique d’ouverture de Once Upon a Time... in Hollywood. Publiée en 1965, la chanson se situe au croisement du rhythm and blues, de la soul et du rock, qui nourrissent une bonne partie du paysage musical du long métrage. Elle retentit après la présentation télévisée en noir et blanc de Rick Dalton et Cliff Booth, et transforme immédiatement le ton avec lequel nous commençons à les suivre.
La chanson n’a pas été composée pour le film et n’est pas interprétée par Leonardo DiCaprio. Identifier Roy Head et son groupe permet de distinguer la musique utilisée par le récit des performances musicales de Rick dans le cadre de sa carrière fictive. Au générique, la voix est celle d’un enregistrement antérieur qui façonne notre perception des personnages, même s’ils n’ont pas à expliquer leur rapport au morceau.
L’ouverture télévisée avait établi une hiérarchie professionnelle : Rick occupe la place de la vedette et Cliff explique son rôle de doublure. La musique nous fait vivre leur relation de façon plus physique. Nous les voyons partager mouvements et déplacements, et l’énergie du morceau présente le duo comme un ensemble reconnaissable avant que nous en connaissions toutes les tensions. Le travail, l’amitié et l’habitude se lisent dans leur façon d’être ensemble.
La date de l’enregistrement aide également à comprendre ce choix. Un film situé en 1969 n’a pas besoin d’utiliser exclusivement des chansons publiées cette année-là. Les gens écoutent des succès plus anciens et gardent des goûts qui ne changent pas avec le calendrier. Treat Her Right apporte une énergie présente dans l’univers culturel des protagonistes, sans transformer l’ouverture en démonstration chronologique des dernières nouveautés discographiques.
Un rythme qui invite au mouvement
L’attrait immédiat du morceau tient à son élan rythmique et à la réponse des cuivres à la voix. L’interprétation conserve une insistance qui entraîne l’écoute, même lorsque les images changent de lieu. La musique offre une continuité différente de la continuité spatiale : nous n’avons pas besoin que chaque plan appartienne exactement au même trajet pour sentir que le générique garde une direction et une vitesse communes.
La voix de Head allie maîtrise et rugosité. Elle peut porter une phrase, puis laisser les instruments lui répondre, créant une impression d’échange. Ce caractère convient à la présentation de deux hommes dont la relation repose sur une coordination acquise. Cela ne signifie pas que les paroles décrivent littéralement l’amitié entre Rick et Cliff. L’effet vient en grande partie de l’interprétation et de son accord avec le mouvement, sans qu’il soit nécessaire de traduire chaque mot en équivalent narratif.
Le morceau n’exige pas non plus que le montage coupe mécaniquement à chaque accent musical. Un plan peut se prolonger tandis que le rythme continue en arrière-plan, et ce décalage permet de préserver le naturel d’une action. Le spectateur reçoit une impulsion constante sans avoir nécessairement l’impression que les personnages bougent comme des danseurs soumis à une chorégraphie. La musique leur donne de l’énergie, tout en laissant leurs gestes paraître appartenir à une journée ordinaire.
Cette utilisation est liée à la présence de la soul et du funk dans le cinéma de Tarantino, même si Treat Her Right doit garder son identité propre. Le volume de la voix, les attaques instrumentales et la brièveté des phrases créent une invitation directe à entrer dans le film. La chanson ouvre le récit avec assurance, avant même que celui-ci ne révèle combien la vie des protagonistes est marquée par la peur et l’incertitude.
Une entrée pleine d’assurance avant l’insécurité
L’énergie du début contraste avec ce que nous apprendrons bientôt sur Rick Dalton. Son image publique peut encore occuper l’écran avec autorité, mais une conversation professionnelle suffit à révéler son inquiétude pour l’avenir. La chanson ne mentait pas en le présentant plein de vitalité. Elle montrait une dimension réelle de sa présence, qui peut coexister avec la peur d’être dépassé. Cette coexistence rend plus complexe le passage du générique aux premières scènes plus longues.
Cliff Boothpartage cette même assurance physique, sans occuper exactement la même position professionnelle que Rick. La musique peut les réunir en duo, tandis que le film maintient la différence entre celui qui est reconnu et celui qui travaille à entretenir une partie de cette image. L’ouverture établit leur familiarité et permet aux inégalités d’apparaître ensuite au sein d’une relation déjà compréhensible. Avant même d’évaluer leur situation, nous avons vu qu’ils savent être ensemble.
Le choix d’un enregistrement aussi énergique modifie également les attentes liées à l’époque représentée. Ceux qui connaissent les meurtres d’août 1969 pourraient s’attendre à une ouverture dominée par le pressentiment. Le film laisse au contraire une place au plaisir du mouvement, à la musique et à la vie quotidienne. La menace historique existe pour le spectateur averti, mais elle n’occupe pas d’emblée tout l’horizon émotionnel des personnages.
Treat Her Right ouvre également la bande originale officielle, où on peut l’écouter séparément des images. Cette place préserve sa fonction d’ouverture : la voix et le rythme préparent une écoute qui intégrera ensuite la radio, le rock, les annonces et des moments de mélancolie. Dans le film, le morceau installe d’emblée une disposition à accompagner Rick et Cliff. Le récit pourra les rendre vulnérables, contradictoires ou inquiétants parce qu’il leur a d’abord permis d’entrer en scène avec une présence immédiate et partagée.
Pour en savoir plus, consultez le guide de Once Upon a Time... in Hollywood.
