Out of Time associe le retour des protagonistes à un sentiment de changement irréversible. La chanson fait entendre l’imminence d’un adieu, même lorsque les images montrent un retour.
La version orchestrale de Metamorphosis
L’enregistrement de Out of Time utilisé dans Once Upon a Time... in Hollywood est la version orchestrale incluse dans Metamorphosis, la compilation des Rolling Stones publiée en 1975. ABKCO identifie explicitement cette version comme celle qui apparaît dans le film. Pour décrire l’effet de la scène, il ne faut pas la remplacer par l’enregistrement d’Aftermath : il s’agit de la même chanson, mais l’arrangement et la texture offrent une expérience d’écoute différente.
La date de publication de Metamorphosis ne signifie pas que la composition date de 1975. L’album rassemble des morceaux plus anciens et des versions alternatives. Quoi qu’il en soit, le film utilise le morceau pour accompagner un montage, sans exiger qu’un personnage écoute en 1969 un album commercialisé plus tard. La distinction entre une musique diffusée par une radio visible à l’écran et une musique qui structure le récit permet d’éviter de conclure automatiquement à une erreur chronologique.
La voix de Mick Jagger est enveloppée dans un arrangement à l’ampleur orchestrale qui adoucit et amplifie l’élan de la chanson. Cette combinaison favorise une émotion ambivalente : le morceau peut sembler élégant et réconfortant tout en faisant naître une impression de décalage temporel. La mélodie invite à suivre le trajet ; le titre rappelle que quelqu’un peut être resté en dehors du temps qui aurait dû être le sien. Le film tire une partie de sa force du fait qu’il maintient ces deux sensations ensemble.
Le morceau ne figure pas dans la liste des 31 titres de la bande originale officielle. C’est pourquoi celles et ceux qui tentent de reconstituer l’expérience musicale à partir du seul album peuvent remarquer une absence importante. Pour identifier ce qu’on entend dans cette séquence, il faut tenir compte de la version précise et de son emplacement dans le film, ainsi que consulter la liste des titres de l’album commercialisé.
Revenir ne signifie pas retrouver la même vie
La chanson accompagne le retour de Rick et Cliff à Los Angeles après leur séjour professionnel en Italie. Son rôle commence avant que la nuit ne concentre la menace du dénouement. La décrire uniquement comme la musique de l’allumage des néons ou comme une chanson qui résonne pendant toute la séquence nocturne reviendrait à confondre différents moments de la bande originale. Ici, le mouvement principal est celui d’un retour marqué par des changements personnels et professionnels.
Rick revient avec Francesca, et il n’est plus possible de tenir pour acquise la continuité de sa relation professionnelle avec Cliff. La ville reste reconnaissable, mais les conditions dans lesquelles ils y arrivent ont changé. La chanson fait avancer ensemble le déplacement physique et cette évolution affective. L’aéroport et le trajet qui suit ne sont pas une simple transition logistique entre deux parties de l’intrigue : ils rendent visible le fait que ce retour comporte une séparation possible.
Le contraste est particulièrement net parce que le film avait consacré beaucoup de temps à montrer leurs habitudes communes. Conduire, travailler, discuter et regarder la télévision avaient créé une familiarité. La musique revient sur des personnages qui partagent cette histoire, même s’ils doivent décider comment continuer à vivre. Son pouvoir mélancolique dépend de ce que le spectateur a déjà vu : le montage peut ainsi suggérer une perte sans raconter à nouveau chaque épisode de leur amitié.
Il n’est pas nécessaire que les paroles soient une traduction exacte des pensées de Rick. Une chanson peut commenter une situation sans qu’aucun personnage ne l’exprime complètement. Le montage permet d’associer le morceau au décalage professionnel de l’acteur, à la fin d’une étape aux côtés de Cliff et au changement d’époque. Ces interprétations reposent sur le lien entre le son et l’image, sans faire de Jagger le narrateur littéral de la biographie fictive.
Le spectateur écoute depuis une autre époque
La date du mois d’août introduit une deuxième temporalité : celle du public qui connaît les événements historiques de Cielo Drive. Pour ce spectateur, revenir à Los Angeles signifie aussi se rapprocher d’une nuit dont l’issue semble connue. La chanson peut alors prendre une dimension d’adieu plus vaste que le conflit professionnel des protagonistes. Les images du quotidien gardent leur beauté, tandis qu’une information extérieure à celles-ci modifie la manière dont on les reçoit.
Cette double écoute empêche la mélancolie d’appartenir à une seule personne. Rick peut s’inquiéter de ses revenus et de son avenir ; Sharon peut vivre une journée sans connaître la menace que le public anticipe. Le montage réunit des vies qui ne partagent pas toutes les mêmes informations. La musique leur offre un espace émotionnel commun, même si chaque personnage continue d’agir en fonction de préoccupations différentes et sans avoir accès aux connaissances historiques du spectateur.
L’arrangement orchestral contribue à cette ampleur en laissant la séquence respirer. Il ne pousse pas chaque plan vers une urgence immédiate et n’exige pas une accélération constante. La beauté du son conserve quelque chose de la promenade et de l’observation, même lorsque l’idée du temps perdu pèse sur l’ensemble. Le film peut se rapprocher du danger tout en attirant l’attention sur des visages, des déplacements et des lieux qui méritent d’être vus pour eux-mêmes.
Après le dénouement, la séquence se prête à une autre interprétation. La menace historique qui semblait orienter l’écoute ne se concrétise pas comme on pouvait s’y attendre dans la fiction. Out of Time reste ainsi liée au changement, mais ne constitue plus seulement une élégie anticipée. Le film a utilisé une chanson chargée d’adieux pour accompagner des personnages dont le destin peut encore changer, et cette possibilité transforme rétrospectivement la tristesse du retour en une émotion moins définitive.
Pour en savoir plus, consultez le guide de Once Upon a Time... in Hollywood.
