Le film que B.B. choisit de regarder avant de dormir est Shogun Assassin. Sa présence permet de voir comment une enfant intègre à son quotidien l’imaginaire violent des adultes qui l’entourent.
Qu’est-ce que Shogun Assassin et où apparaît-il ?
Shogun Assassin apparaît dans la dernière partie de Kill Bill : Vol. 2, lorsque B.B. partage avec Beatrix un moment d’apparente normalité familiale. La fillette connaît le film et le propose comme élément de son rituel du coucher. La scène n’utilise pas ce titre comme simple décor : ce que l’on entend et l’attention que lui accordent les deux spectatrices contribuent au sens de leur rencontre.
Le film cité est un remontage en anglais réalisé en 1980 à partir des deux premiers films de Lone Wolf and Cub. Criterion indique cette origine dans son édition de la série. Il ne faut donc pas considérer Shogun Assassin comme le titre original de l’ensemble de la série japonaise, ni comme une œuvre entièrement tournée de zéro sous ce titre.
Son récit suit un guerrier et son fils dans un monde de poursuites et de violence. C’est ce qui crée le lien le plus évident avec la scène de Kill Bill. Cette référence permet d’insérer un film sur les liens familiaux et la mort dans une autre œuvre qui réorganise ses priorités autour d’une fille.
Le fait qu’il s’agisse d’un remontage s’inscrit aussi dans la culture cinématographique qui traverse Kill Bill : les œuvres circulent dans différentes versions, avec des doublages et des modes de diffusion qui modifient la façon dont on les découvre. Ici, il suffit d’identifier le film que regarde B.B. La généalogie complète du manga et de toutes ses adaptations relève d’un autre sujet.
Un rituel d’enfant dans un environnement violent
Le naturel avec lequel B.B. demande à regarder le film est plus révélateur qu’une explication verbale de son éducation. Pour elle, cet imaginaire n’a rien d’exceptionnel ni de nouveau. Il fait partie d’une activité quotidienne partagée avec les adultes. Le contraste entre l’âge de la fillette et la violence de l’œuvre crée un malaise que la scène n’a pas besoin de souligner par des commentaires extérieurs.
Ce moment ne permet pas non plus de prédire l’avenir de B.B. à partir d’un seul choix de divertissement. Le film montre une habitude de cette famille et l’utilise à des fins dramatiques. Il ne prouve pas que la fillette deviendra une tueuse et n’établit aucune règle générale sur les effets d’un film sur les mineurs. L’interprétation doit rester dans les limites des relations présentées par le récit.
La présence de Beatrix change le sens de ce rituel. Pour B.B., il peut s’agir d’une soirée comme les autres ; pour sa mère, c’est une entrée dans une intimité qu’elle n’a pas pu partager pendant des années. Regarder un film ensemble leur permet de se rapprocher sans avoir à se raconter immédiatement toute leur histoire. Le silence devant l’écran crée un moment partagé avant que les adultes ne replongent dans leur conflit.
La fiction dans la fiction protège tout en exposant. Elle donne à la mère et à la fille quelque chose à regarder ensemble, sans qu’elles aient à supporter en permanence l’intensité de leurs retrouvailles. Mais ce qu’elles regardent rappelle le monde violent dont sont issus les adultes. Le refuge familial contient des images qui ressemblent à ce que Beatrix voulait laisser derrière elle.
Bill est associé à cette normalité par l’environnement qu’il a créé pour sa fille. La scène n’a pas besoin de montrer un cours formel sur la violence pour poser la question de la transmission d’un imaginaire. Les histoires que l’on choisit, les comportements que l’on considère comme normaux et les jeux que l’on partage sont autant de formes d’apprentissage au quotidien.
Le parallèle familial et ses différences
Le rapprochement avec le père guerrier de Shogun Assassin ne fait pas de Bill son équivalent moral exact. Le fait de partager l’image d’un adulte dangereux accompagné d’un enfant ne rend identiques ni les circonstances, ni les décisions, ni les préjudices subis par les deux personnages. Le parallèle est plus pertinent lorsqu’il permet de comparer leurs relations que lorsqu’il sert à absoudre automatiquement l’un d’eux.
On peut aussi lire la scène du point de vue de Beatrix. Elle a traversé une histoire de violence et doit maintenant trouver comment vivre auprès de sa fille. Le film montré dans la scène suggère que l’attention portée à un enfant et la capacité de tuer peuvent coexister dans un même imaginaire. Cette coexistence rend plus difficile la séparation nette entre le monde familial et le monde de l’action.
La voix enfantine du film cité apporte un autre éclairage. La violence peut être racontée ou comprise du point de vue d’une personne qui dépend encore d’un adulte. Dans Kill Bill, B.B. ne possède pas nécessairement toutes les informations dont dispose le spectateur sur ses parents. Cette différence de connaissances empêche de considérer son regard comme un jugement complet sur ce qui s’est passé.
La scène tire sa force d’une activité toute simple : se coucher en regardant un film. Elle ne règle pas le conflit des adultes et ne fait pas du cinéma une explication exhaustive de l’éducation. Elle montre une relation qui commence à se construire sous nos yeux et laisse les images choisies pour l’accompagner faire émerger une question : quelle part du monde de ses parents continuera de faire partie de la vie de B.B. ?
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