Avant de consolider sa filmographie, Tarantino a envisagé de porter Luke Cage au cinéma. Son souvenir du projet se concentre sur le personnage qu’il admirait et sur une discussion autour du casting qui a fini par lui faire perdre son enthousiasme.
Une idée entre Reservoir Dogs et Pulp Fiction
Quentin Tarantino a situé son intérêt pour un film consacré à Luke Cage entre la sortie de Reservoir Dogs et le tournage de Pulp Fiction. Il s’en est souvenu en 2020 lors d’une conversation dans le podcast 3 Girls, 1 Keith, animé par Amy Schumer et ses collaborateurs. Cette précision chronologique permet de replacer l’idée dans une carrière encore en train de se construire, bien loin du système de films interconnectés que Marvel allait développer par la suite.
Tarantino a expliqué que Luke Cage était l’un de ses personnages de bande dessinée préférés. Il a évoqué son attachement à Hero for Hire et à Power Man, ainsi qu’à d’autres séries populaires de son enfance. La possibilité d’en faire une adaptation venait de cet enthousiasme personnel. Rien ne permet de la décrire comme une commande de Marvel Studios ni comme une production répondant aux critères des franchises contemporaines.
La référence à Reservoir Dogs marque le moment où le réalisateur avait gagné en notoriété, mais pouvait encore envisager des voies très différentes pour la suite de sa carrière. Son récit ultérieur a précisé que cette idée ne devait pas nécessairement remplacer Pulp Fiction. Elle aurait pu trouver sa place ailleurs dans la succession des projets. Cette souplesse montre qu’il s’agissait d’une possibilité créative encore ouverte.
Les informations publiées ne font état ni d’un film tourné, ni d’un casting engagé, ni d’une date de sortie annulée. Dire qu’il a failli faire Luke Cage résume avec force une occasion imaginée, mais il convient de s’en tenir aux éléments disponibles : le réalisateur a parlé de son intérêt, de son choix de comédien et de la discussion qui l’a découragé.
Pourquoi il pensait à Laurence Fishburne
Tarantino préférait Laurence Fishburne, notamment pour l’énergie qu’il associait à son interprétation dans King of New York. Certains de ses amis amateurs de bandes dessinées défendaient plutôt Wesley Snipes, estimant entre autres que sa constitution physique convenait davantage au rôle. Selon le souvenir du réalisateur, cette discussion lui a coupé l’envie de poursuivre le développement de l’idée.
Cette anecdote illustre le conflit entre différents critères d’adaptation. Un choix peut reposer sur la ressemblance physique avec un personnage dessiné ; un autre peut privilégier la présence, le rythme de la parole ou le caractère qu’un acteur incarne. Tarantino défendait les possibilités d’interprétation de Fishburne. Cette discussion ne prouve pas que Snipes ait reçu une offre officielle, ni que Fishburne ait refusé de participer.
Cet exemple montre aussi à quel point une idée naissante peut dépendre de l’image mentale que l’on se fait du protagoniste. Avant même le début du tournage, un acteur peut devenir le centre imaginaire de scènes qui n’ont pas encore été écrites ou partagées. Si cette image perd de sa force pour la personne qui développe le projet, la motivation peut diminuer. C’est l’explication que Tarantino a donnée à propos de son propre enthousiasme ; elle ne permet pas de reconstituer une quelconque négociation au sein de l’industrie.
Le rapprochement entre l’acteur réel et le personnage s’arrête là. Les qualités que Tarantino admirait dans une interprétation ne décrivent pas la vie de Fishburne et ne garantissent pas la façon dont il aurait joué Cage. Le film potentiel reste une combinaison imaginée par un réalisateur, et non une œuvre perdue que le public pourrait évaluer.
Un héros urbain aux affinités évidentes
Luke Cage est apparu dans Hero for Hire en 1972. Son histoire le présente sous le nom de Carl Lucas, emprisonné à tort puis transformé par une expérience qui lui confère une force extraordinaire et une peau résistante. En choisissant de travailler comme héros à gages, il établit un lien direct entre pouvoir, survie et argent. Cette dimension urbaine le distingue des personnages définis avant tout par des menaces cosmiques.
Les liens avec certains centres d’intérêt de Tarantino sont faciles à repérer : des personnages qui négocient leur place, des codes professionnels, de la violence et une culture populaire des années 1970. Les relever permet de comprendre pourquoi Cage pouvait l’attirer. Cela ne permet pas de savoir quel méchant il aurait choisi, quelles scènes il aurait incluses ni dans quelle mesure il aurait conservé les origines du personnage de bande dessinée.
L’adaptation aurait pu soulever des questions sur la rémunération de ceux qui protègent les autres et sur les rapports d’un héros avec les institutions qui l’ont autrefois puni. Ces questions découlent du personnage publié et éclairent l’intérêt du réalisateur. Elles doivent rester des pistes d’interprétation, sans être présentées comme la description d’un scénario complet dont nous ne disposons pas.
Le choix d’un héros connu aurait également impliqué de composer avec les lecteurs qui avaient déjà leur propre image du personnage. Cette attente diffère de celle suscitée par un protagoniste créé directement pour le grand écran, dont l’identité se révèle au fil du film.
Le Luke Cage de Tarantino appartient à l’histoire des chemins qu’il n’a pas empruntés. Son souvenir de 2020 permet de situer une période, une admiration et une préférence de casting, tout en laissant dans l’incertitude de nombreuses étapes qu’aurait nécessitées un film. L’intérêt de cette anecdote est de montrer que l’auteur de Reservoir Dogs a pu imaginer une suite à sa carrière liée à la bande dessinée, avant de choisir de développer d’autres univers qui lui soient propres.
Retour aux projets annulés de Tarantino.
