Présider un jury place un cinéaste face aux films des autres et à une décision collective. Cannes et Venise en offrent deux exemples documentés.
Cannes 2004 : président du jury des longs métrages
Quentin Tarantino a présidé le jury des longs métrages en compétition lors du 57ᵉ Festival de Cannes, qui s’est tenu en mai 2004. Les archives officielles indiquent cette fonction et les autres membres du jury, parmi lesquels Tilda Swinton, Kathleen Turner, Emmanuelle Béart et Tsui Hark. Il ne participait pas en tant que concurrent et ne recevait pas de récompense pour l’ensemble de sa carrière : il faisait partie de l’instance chargée d’évaluer les films de cette compétition.
La Palme d’or a été attribuée à Fahrenheit 9/11, de Michael Moore, et le Grand Prix à Oldboy, de Park Chan-wook. Le prix de la mise en scène a récompensé Tony Gatlif pour Exils. Maggie Cheung a reçu le prix d’interprétation féminine pour Clean et Yūya Yagira celui d’interprétation masculine pour Nobody Knows. Il s’agit des résultats du palmarès 2004, et non de récompenses à ajouter au palmarès personnel de Tarantino.
La diversité des films récompensés constitue un objet de comparaison intéressant. Un documentaire politique et un récit de vengeance ne posent pas les mêmes problèmes narratifs et n’entretiennent pas le même rapport avec leur public. Un jury de compétition doit faire dialoguer des œuvres hétérogènes, même s’il n’existe pas d’unité de mesure permettant de convertir leurs différences en un classement incontestable.
La fonction de président ne permet pas non plus de réduire chaque résultat à ses préférences personnelles. Les archives d’un festival publient une décision collective et distinguent les catégories ; elles ne fournissent généralement pas de transcription complète des délibérations. Connaître les goûts de l’un des membres peut orienter une question, mais ne prouve pas à lui seul comment chaque personne a voté ni quelles négociations ont conduit à une récompense.
Venise 2010 : le jury de la compétition principale
En septembre 2010, Tarantino a présidé le jury de la 67ᵉ Mostra de Venise. Il était accompagné de Guillermo Arriaga, Ingeborga Dapkūnaitė, Arnaud Desplechin, Danny Elfman, Luca Guadagnino et Gabriele Salvatores. L’édition s’est déroulée du 1ᵉʳ au 11 septembre. Le Lion d’or a été attribué à Somewhere, de Sofia Coppola, selon le palmarès de la Mostra.
Álex de la Iglesia a remporté le prix de la mise en scène et celui du scénario pour Balada triste de trompeta. Le prix spécial du jury a été attribué à Essential Killing, de Jerzy Skolimowski, dont l’acteur principal, Vincent Gallo, a également reçu la Coupe Volpi du meilleur acteur. Ariane Labed a obtenu la Coupe Volpi de la meilleure actrice pour Attenberg, d’Athina Rachel Tsangari. Il convient de conserver l’intitulé de la catégorie à côté du nom afin de ne pas mettre toutes les distinctions sur le même plan que le Lion d’or.
Interrogé sur son amitié avec Coppola, Tarantino a affirmé que le choix avait été unanime. Cette déclaration a été rapportée dans les comptes rendus de la conférence de presse. Elle permet de décrire sa réponse publique, mais pas de reconstituer des conversations privées ni de déterminer par conjecture les motivations de chaque membre du jury.
Là encore, les œuvres récompensées proposent des expériences très différentes. Somewhereaccorde une grande importance à la répétition, à l’attente et à la relation entre un père et sa fille. Essential Killingconstruit sa tension autour de la survie et d’un corps traqué. Les comparer ne revient pas à les remettre en compétition : cela permet de comprendre qu’un palmarès peut distinguer des procédés expressifs très différents.
Comment comprendre ces participations sans confondre fonctions et récompenses
Une chronologie rigoureuse doit distinguer quatre situations : présenter un film, être en compétition avec celui-ci, recevoir un hommage et participer à un jury. La présence de Tarantino à une cérémonie ne suffit pas à déterminer laquelle de ces situations s’applique. Le nom de la section et l’édition concernée permettent d’identifier sa fonction. Un même festival peut d’ailleurs compter plusieurs jurys aux compétences différentes.
Le cas de Cannes montre aussi pourquoi les dates sont importantes. La Palme d’or de Pulp Fictiondate de 1994 ; sa présidence du jury date de 2004. Ces deux événements sont séparés par dix ans et correspondent à des positions institutionnelles distinctes. Dans le premier cas, il était le réalisateur d’une œuvre récompensée ; dans le second, il participait à l’évaluation des œuvres des autres.
La Palme d’or du long métrage et la Caméra d’or ne relèvent pas non plus de la même mission : cette dernière récompense un premier film par l’intermédiaire d’un autre jury. La présence de Tarantino à Cannes ne fait pas de lui le responsable de ces deux résultats.
Les prix d’interprétation, du scénario et de la mise en scène ne doivent pas non plus servir à déduire automatiquement un classement complet des films. Chaque catégorie récompense un aspect particulier, et le règlement d’une édition peut influer sur la répartition des prix. Sans documents complémentaires, on ne peut pas affirmer qu’une œuvre arrivait en deuxième ou en troisième position dans les préférences personnelles de tous les membres.
Ces présidences révèlent une facette publique de sa cinéphilie : la responsabilité de débattre de cinéma avec d’autres professionnels et d’annoncer une décision collective. L’intérêt historique réside dans l’association entre la fonction, l’édition, les autres membres du jury et les résultats vérifiables. En distinguant ces éléments, on peut étudier sa présence dans les festivals sans lui attribuer les récompenses d’autrui ni réduire les délibérations collectives au prolongement automatique de sa filmographie.
Consultez le guide des récompenses de Quentin Tarantino.
