Tarantino et la WGA : éligibilité, crédits et reconnaissance

La relation de Quentin Tarantino avec la Writers Guild of America oblige à distinguer trois questions : les critères d’éligibilité à ses prix, l’attribution des crédits et la reconnaissance rétrospective des scénarios. Les confondre conduit à lui attribuer un palmarès qui ne correspond pas aux archives.

Pourquoi une absence ne signifie pas une défaite

Inglourious Basterds n’était pas éligible aux prix de la Writers Guild of America pour la saison 2009-2010. Selon les informations publiées à l’époque par TheWrap, le scénario n’avait pas été écrit dans le cadre des accords syndicaux applicables à cette compétition. L’absence de candidature ne signifiait donc pas que sa qualité avait été jugée défavorablement lors d’un vote. Le film était exclu avant même cette comparaison.

Les articles consacrés à cette édition présentaient Tarantino comme un auteur non affilié à la WGA. Ils précisaient également une distinction essentielle : il n’était pas indispensable que chaque candidat soit personnellement membre du syndicat ; c’était la couverture du travail par les accords reconnus qui comptait. Résumer l’affaire ainsi — « il n’a pas voulu adhérer, donc il a perdu » — revient à confondre une situation professionnelle avec un résultat de compétition qui n’a jamais eu lieu.

Django Unchained n’a pas non plus figuré sur le bulletin de vote des WGA Awards lors de la saison qui a suivi sa sortie en 2012. Tarantino n’a pas été le seul à faire exception : d’autres productions, dont Amour et Les Bêtes du sud sauvage, ne remplissaient pas non plus les critères de cette édition. Ces exclusions tenaient au règlement de la compétition, et non à une liste de films jugés indignes d’une reconnaissance artistique.

La comparaison avec les Oscars de Tarantino pour ses scénarios permet de mieux comprendre. Django a pu remporter l’Oscar du meilleur scénario original sans avoir participé à la compétition d’écriture de la WGA. Les institutions ne sélectionnent pas nécessairement leurs œuvres dans le même ensemble. Il ne faut donc pas non plus prendre l’absence d’une nomination syndicale comme preuve d’un rejet général de la part des scénaristes américains.

Les crédits de True Romance et de Natural Born Killers

Le scénario de True Romance, réalisé par Tony Scott, est crédité à Quentin Tarantino. Pour Natural Born Killers, réalisé par Oliver Stone, les crédits répertoriés par l’American Film Institute distinguent l’histoire de Tarantino du scénario de David Veloz, Richard Rutowski et Stone. Cette distinction décrit la manière dont l’écriture est attribuée dans les films achevés. À elle seule, elle ne permet pas de reconstituer toutes les négociations qui ont précédé l’attribution de ces crédits.

Une histoire et un scénario ne sont pas des termes interchangeables. L’histoire peut apporter des personnages, des situations et une trame narrative qu’un travail ultérieur développe ou transforme. Reconnaître une contribution initiale ne revient pas à attribuer au même auteur tous les dialogues et les choix de la version filmée. Pour Natural Born Killers, distinguer les noms et les fonctions évite d’attribuer à Tarantino l’écriture intégrale du film de Stone.

La WGA dispose de procédures d’attribution des crédits et d’arbitrage. Son guide précise que les documents écrits et les contributions des participants sont examinés ; la procédure obéit à ses propres règles et ne constitue pas un vote pour des prix. Toutefois, l’existence de ce système ne prouve pas qu’un différend particulier ait été tranché par son intermédiaire. Pour affirmer qu’un arbitrage a eu lieu, il faut des preuves précises tirées du dossier ou des témoignages documentés sur son intervention.

Les documents consultés ici ne permettent pas d’affirmer que True Romance et Natural Born Killers ont été deux « victoires de Tarantino en arbitrage à la WGA ». Les crédits vérifiables constituent un point de départ plus solide que ce récit. De même, le fait que l’auteur prenne ses distances avec une adaptation ne suffit pas à en déduire une sanction syndicale, une décision de justice ou une interdiction d’utiliser son nom.

Pulp Fiction dans la liste des meilleurs scénarios

Pulp Fiction n’a pas non plus pu concourir en 1995 : selon le Los Angeles Times, ses sociétés de production n’étaient pas signataires de l’accord syndical.

La WGA inclut bien Pulp Fiction dans sa liste des 101 meilleurs scénarios, où le film occupe la 16e place. L’entrée mentionne le scénario de Quentin Tarantino et l’histoire de Tarantino et Roger Avary. Il s’agit d’une reconnaissance rétrospective de l’écriture, dans une sélection couvrant plusieurs époques du cinéma. Il ne faut pas en faire un prix annuel du scénario remporté en 1994 ou en 1995.

La présence du film dans cette liste montre pourquoi les relations entre une institution et une œuvre peuvent revêtir plusieurs dimensions. Un titre peut être salué lors d’un classement historique alors que sa participation à une compétition annuelle est soumise à d’autres critères. L’information utile est le nom précis de la liste et la place qu’y occupe le film, pas un total de prétendus trophées.

L’affiliation, l’éligibilité, les crédits et la reconnaissance renvoient à des faits distincts. Dans le cas de Tarantino, les archives permettent d’expliquer l’exclusion de certaines saisons, d’identifier les crédits d’écriture de films réalisés par d’autres et de mentionner la reconnaissance ultérieure de Pulp Fiction. Distinguer ces catégories évite de lui attribuer des prix inexistants ou de présenter des conflits créatifs comme des procédures syndicales dont l’existence n’est pas établie.

Consultez les prix de Quentin Tarantino.