Les recommandations de Quentin Tarantino concernant le cinéma espagnol peuvent être reconstituées à partir d’interviews précises. Ses commentaires sur Pedro Almodóvar, Jesús Franco et Antonio Isasi-Isasmendi permettent de dresser une sélection sans inventer un classement de tout le cinéma hispano-américain.
Almodóvar : deux films et deux moments différents
En septembre 2009, lors de la présentation d’Inglourious Basterds à Saint-Sébastien, Tarantino a cité La mala educación comme son film préféré de Pedro Almodóvar. L’agence EFE a rapporté cette déclaration le 18 septembre. Il a également affirmé qu’il comptait le réalisateur espagnol parmi les meilleurs cinéastes des deux décennies précédentes. Il s’agissait d’une appréciation formulée à ce moment-là, et non d’un classement actualisé de toute sa filmographie ultérieure.
Sorti en 2004, La mala educación mêle une rencontre entre d’anciens camarades, un récit écrit et un film dans le film. L’identité de la personne qui raconte l’histoire change la façon de la comprendre. À titre d’observation critique, ce procédé fait écho à l’intérêt de Tarantino pour les narrateurs qui contrôlent l’information. Il n’est pas nécessaire d’en faire la raison littérale de son choix, car le bref article ne l’explique pas.
Dans une interview de Jacinto Antón publiée par El País en avril 2023, Tarantino est revenu sur Matador. Il a précisé qu’il aimait beaucoup le film, sans pour autant le proclamer meilleur film d’Almodóvar. Il a souligné l’audace qu’il percevait dans son mélange de sexualité et de violence, au regard du cinéma américain des années 1980. Cette distinction est importante : préférer un film en 2009 et en saluer un autre en 2023 n’oblige pas à reconstituer une compétition entre les deux.
Matador est particulièrement utile pour comprendre le mélange des tons qu’il admire : le film aborde le désir, la mort, la culpabilité et l’humour sans les enfermer dans des compartiments distincts. Cette lecture du film permet de situer son commentaire. Le développement de l’admiration de Tarantino pour Pedro Almodóvar relève de son profil spécifique.
Jesús Franco et Isasi : d’autres formes de cinéma espagnol
L’article d’EFE de 2009 mentionne également l’intérêt de Tarantino pour Jesús Franco et le fait qu’il ait redécouvert ses films en DVD. Cet élément atteste qu’il a exploré la filmographie du réalisateur. Il ne permet pas de lui attribuer un titre préféré parmi les nombreuses œuvres de Franco : les exemples cités dans un article pour décrire une carrière ne deviennent pas automatiquement des recommandations de la personne interviewée.
Franco incarne une tradition différente de celle associée à Almodóvar. Son cinéma a circulé dans les genres et les marchés populaires, avec une place importante accordée à l’horreur et à l’érotisme. La culture du cinéma d’exploitationaide à comprendre pourquoi cette filmographie peut intéresser un spectateur dont les goûts ne s’organisent pas uniquement autour du prestige critique.
Dans son interview accordée à El País en 2023, Tarantino s’est également déclaré admirateur d’Antonio Isasi-Isasmendi et a salué la prestation de Christopher Mitchum dans Un verano para matar, connu à l’international sous le titre Summertime Killer. C’est un exemple concret de son intérêt pour le cinéma de vengeance. Cette référence élargit la sélection au-delà d’un seul réalisateur espagnol, sans exiger que tous les titres partagent la même langue, le même style ou le même circuit de production.
Que peut-on appeler une recommandation hispano-américaine ?
L’origine d’un réalisateur, la langue d’un film et les pays qui participent à sa production sont des critères différents. Une coproduction européenne tournée pour le marché international ne représente pas automatiquement l’ensemble du cinéma en espagnol. De même, il faut attribuer correctement un film mexicain ou argentin avant de l’ajouter à une liste de films préférés de Tarantino.
Les déclarations recoupées ici ne font état d’aucun classement général du cinéma latino-américain. Ajouter des films mexicains cultes au seul motif qu’ils semblent correspondre à ses goûts reviendrait à présenter la sélection du rédacteur comme étant la sienne. La réponse vérifiable est plus limitée : La mala educación, Matador et Un verano para matar ont fait l’objet d’appréciations précises ; son admiration pour Jesús Franco est documentée, mais cette source ne désigne aucun film de prédilection.
Consultez la sélection de films recommandés par Tarantino.
