Le cinéma des années 60 salué par Tarantino : évasion et western

La Grande Évasion, Le Bon, la Brute et le Truand et La Horde sauvage offrent trois perspectives sur le cinéma des années 60 que Tarantino a mises en avant. Cette sélection réunit aventure collective et western, en replaçant ses déclarations dans leur contexte et sans les présenter comme un classement de toute la décennie.

La Grande Évasion : un projet qui nécessite de nombreux visages

La Grande Évasion, sortie en 1963, et Le Bon, la Brute et le Truand, sorti en 1966, figuraient dans la sélection de Tarantino pour Sight and Sound en 2012. Ce sont des choix identifiables au sein d’un sondage précis. Leur présence permet de les recommander parmi les films qu’il affectionne, même si la liste ne donne pas d’explication détaillée pour chaque choix.

Le film de John Sturges transforme une évasion en entreprise collective. L’intérêt ne repose pas uniquement sur la question de savoir si quelqu’un parviendra à s’échapper. Il faut trouver du matériel, répartir les tâches, dissimuler les progrès et maintenir la coordination entre des personnes différentes. Le plan offre au spectateur une structure qu’il peut comprendre et suivre.

La distribution contribue à cette clarté. Les personnages ont des rôles, des tempéraments et des compétences qui permettent de les distinguer au sein d’un groupe nombreux. Une vedette comme Steve McQueen conserve une présence singulière, mais l’aventure a aussi besoin de ceux qui fabriquent, creusent, surveillent ou préparent les faux papiers. Le film rend visible le travail nécessaire à une action spectaculaire.

La répétition des routines crée une familiarité. Le spectateur apprend à connaître les lieux et les obstacles, si bien qu’un petit changement peut prendre de l’importance. Cette préparation permet à la tension de monter sans qu’il soit nécessaire de réexpliquer les règles à chaque séquence. Une tâche jusque-là quotidienne devient urgente lorsque le temps vient à manquer.

En guise de lecture critique, La Grande Évasion propose un spectacle populaire qui accorde de la valeur à la camaraderie et à l’organisation. Son attrait ne dépend pas d’un dénouement uniformément triomphal. L’aventure peut susciter l’enthousiasme tout en laissant un sentiment de perte, un mélange qui empêche de la réduire à une succession d’exploits sans conséquences.

Le Bon, la Brute et le Truand : trois intérêts au cœur de la guerre

Le film de Sergio Leone place une quête d’argent au beau milieu de la guerre de Sécession. Les protagonistes traversent un conflit collectif sans en devenir les représentants héroïques. Leurs besoins immédiats peuvent sembler dérisoires face aux destructions qu’ils découvrent, mais ils continuent de guider leurs décisions.

Le contraste des échelles est l’une des sources de sa force. Un vaste paysage ou une foule cède la place à un visage observé avec une attention extrême. Le film peut donner à un regard autant d’importance qu’à un déplacement physique. Le spectateur apprend à attendre et à déchiffrer de petits signes avant qu’un coup de feu ne retentisse.

La relation entre les trois hommes empêche les alliances de se stabiliser complètement. Collaborer peut relever d’une nécessité passagère, et non d’une preuve d’amitié. L’humour naît souvent de cette dépendance exaspérante : il faut parfois garder en vie la personne dont on voudrait se débarrasser.

La musique de Morricone renforce le caractère cérémoniel de certains moments sans en effacer la matérialité. Il y a des corps épuisés, la faim, la poussière et la cupidité. La coexistence du grandiose et du sordide permet au western de fonctionner à la fois comme un spectacle et comme une remise en question de l’image idéalisée du héros.

La présence du film dans le sondage de Tarantino ne fait pas de tout le cinéma européen des années 60 une influence unique. Leone représente une tradition particulière et une manière reconnaissable de travailler le genre. Pour dresser une carte plus complète du continent, il faudrait d’autres choix et d’autres déclarations, plutôt que de prolonger automatiquement cet enthousiasme.

La Horde sauvage et la fin d’un mode de vie

La Horde sauvage, de Sam Peckinpah, est sortie en 1969. Tarantino l’a mentionnée dans Jimmy Kimmel Live en octobre 2022, en parlant de films d’une force presque incontestable, tout en reconnaissant qu’elle n’était pas parfaite sur le plan technique. Cet éloge correspond à cette intervention et ne doit pas être confondu avec un vote précis sur les meilleurs westerns des années 60.

Le film met au premier plan un groupe vieillissant qui tente de survivre avec des règles qui ne semblent plus suffisantes. La loyauté garde son attrait, mais elle côtoie l’opportunisme et la brutalité. Le public peut s’intéresser à ces hommes sans être tenu d’approuver tout ce qu’ils font.

Sa violence rend le temps du combat fragmenté et douloureusement perceptible. Le jeu sur les vitesses et les échelles empêche de regarder l’action comme un simple échange net entre deux camps. Le spectacle peut fasciner tout en montrant la destruction que cette fascination recèle.

La comparaison avec les deux autres titres permet de parcourir une transformation, sans prétendre que la décennie a évolué de façon linéaire. La Grande Évasion organise une entreprise commune ; Leone rend les alliances instables ; Peckinpah observe un groupe dont le code approche de ses limites. Il s’agit de différences entre des films précis, et non d’étapes obligatoires qu’aurait traversées tout le cinéma.

Ces œuvres annoncent aussi des questions qui se prolongeront dans le cinéma des années 70 admiré par Tarantino : quel est le prix de la survie, dans quelle mesure peut-on faire confiance à un groupe et que se passe-t-il lorsqu’une figure héroïque ne trouve plus sa place dans son monde ? Ces films conservent leur singularité précisément parce qu’ils répondent différemment à ces questions.

Découvrez la sélection de films recommandés par Tarantino.