Les années 1970 selon Tarantino : un parcours à travers sa cinéphilie

Le cinéma américain des années 1970 occupe une place importante dans les goûts et les essais de Tarantino. Son parcours comprend des œuvres consacrées et des films de genre qui n’ont pas toujours reçu la même reconnaissance.

Rolling Thunder, un choix public et assumé dans la durée

En mai 2023, Tarantino a présenté Rolling Thunder à la Quinzaine des cinéastes de Cannes. L’organisation retrace cette rencontre dans les archives de son édition. Ce choix témoigne concrètement de son intérêt : il a proposé un film de John Flynn, sorti en 1977, lors d’une séance publique consacrée à ses réflexions sur le cinéma.

Rolling Thunder permet d’observer une relation complexe entre le retour, le traumatisme et la vengeance. Le passage à la vie civile n’est pas présenté comme une transition automatique. Le personnage doit évoluer dans un environnement dont les attentes ne correspondent pas nécessairement à son expérience. La violence qui s’ensuit se construit à partir de cette difficulté, plutôt que de surgir comme une aventure totalement détachée de son état antérieur.

Le film peut séduire par l’économie de ses gestes et sa façon de faire ressentir une distance émotionnelle. Le spectateur observe quelqu’un qui n’explique pas immédiatement tout ce qui lui arrive. Cette retenue donne un poids particulier aux actions. L’analyser n’oblige ni à adopter une lecture morale unique ni à interpréter la recommandation de Tarantino comme une approbation du comportement du protagoniste.

La culture des salles grindhouse et des cinémas en plein airaide à comprendre pourquoi un film pouvait s’inscrire dans une expérience de spectateur différente de celle d’une sortie prestigieuse. Les circuits de diffusion influencent les rencontres et les souvenirs, mais ne déterminent pas à eux seuls la valeur d’une œuvre. Le film conserve des choix formels qui peuvent être étudiés indépendamment de la séance où quelqu’un l’a découvert.

Carrie et Taxi Driver : l’isolement sous différentes formes

Carrie et Taxi Driver figurent parmi les choix de Tarantino dans le sondage Sight and Sound de 2012. Tous deux datent de 1976, mais cette coïncidence n’en fait pas deux variantes d’un même récit. L’un traite de l’adolescence, de l’humiliation et du pouvoir surnaturel ; l’autre suit une expérience urbaine marquée par l’isolement et la violence. Leurs procédés d’identification appellent des lectures distinctes.

Dans Carrie, le cadre scolaire et le foyer imposent à la protagoniste des pressions différentes. Le film prend le temps de faire comprendre ces relations au spectateur avant une transformation spectaculaire. Le suspense repose sur les attentes qui s’accumulent autour d’une situation sociale apparemment familière. La mise en scène peut nous conduire à espérer une acceptation, avant d’en bouleverser brutalement le sens.

Taxi Driver donne à percevoir la ville à travers une expérience subjective, qui ne constitue pas une description neutre de ses habitants. Le protagoniste observe, interprète et projette. Le spectateur doit distinguer ce que le film montre de la manière dont le personnage le comprend. La proximité avec un personnage n’oblige pas à tenir sa vision pour vraie ou juste.

La présence des deux films dans une même sélection témoigne d’un intérêt pour des expériences intenses, mais ne prouve pas que Tarantino les admire exactement pour les raisons évoquées plus haut. Ses votes attestent d’une préférence. La comparaison critique peut ensuite s’élaborer comme une lecture des films, sans prêter au cinéaste des arguments qu’il n’a pas formulés dans le document consulté.

Cinema Speculation élargit le parcours au-delà d’une liste

Publié en 2022, Cinema Speculation consacre des chapitres à des films de cette époque et mêle réflexion cinématographique et souvenirs de spectateur. Parmi les œuvres abordées figurent The Outfit, Daisy Miller et Paradise Alley. Le fait qu’un film ait son chapitre ne signifie pas que le livre en fasse l’éloge sans réserve : analyser, discuter et recommander sont des démarches liées, mais distinctes.

The Outfit ouvre une piste vers le film criminel ; Daisy Miller, vers un drame des relations et des conventions sociales ; Paradise Alley, vers la construction des personnages dans un milieu populaire. Cette diversité permet d’éviter une vision trop étroite des années 1970, comme si cette décennie se résumait aux antihéros violents. On y trouve aussi de l’humour, du mélodrame, des styles de jeu et une évolution de la place des vedettes. La différence entre un milieu criminel urbain et un espace régi par les conventions sociales peut modifier la façon dont un geste devient dangereux. La tension ne prend pas toujours la forme d’une menace physique immédiate.

La relation avec Richard Fleischer et son cinéma dérangeantconstitue un autre aspect de cette conversation cinéphile. Il n’est pas nécessaire de transformer tous les noms associés à Tarantino en une liste de favoris équivalents. Une déclaration sur un film précis peut coexister avec des réserves sur un autre. L’intérêt de ce parcours tient au fait qu’il préserve ces différences et prend en compte la nature du document sur lequel repose chaque appréciation.

L’essai Cinema Speculationvient ainsi compléter les votes et les présentations publiques. Les listes indiquent des titres ; le livre permet de suivre une réflexion plus approfondie, qui comprend des désaccords et des pistes imaginées. Pour commencer à découvrir le cinéma des années 1970 à travers ces affinités, mieux vaut choisir une œuvre et s’intéresser à sa forme que tenter de reproduire une hiérarchie unique que l’ensemble des sources ne définit pas.

Revenir aux films recommandés par Tarantino.