Cette sélection bien connue est née au cours d’une conversation télévisée autour de Cinema Speculation. Elle comprend de l’horreur, de la comédie, de l’aventure et du western, ainsi qu’une exception que Tarantino lui-même a tenu à nuancer.
Une conversation d’octobre 2022, pas un vote universel
Lors de son passage dans Jimmy Kimmel Live, le 27 octobre 2022, Tarantino a parlé de films qu’il jugeait parfaits. La question portait sur Massacre à la tronçonneuse, de Tobe Hooper. Les Dents de la mer, L’Exorciste, Annie Hall, Frankenstein Junior, Retour vers le futur et La Horde sauvage ont également été évoqués. Ce sont des titres mentionnés dans ce contexte, et non les lauréats d’un sondage organisé pour établir un canon définitif.
Le terme « parfait » renvoyait à la force d’une œuvre, y compris aux yeux d’une personne dont les goûts seraient différents. Cette idée ne revient pas à promettre l’absence de la moindre erreur de continuité ni à affirmer que tout le monde devrait aimer les mêmes films. Tarantino formulait une appréciation critique, avec l’emphase et les approximations propres à une interview dans une émission de divertissement.
Les listes abrégées perdent souvent deux nuances. Frankenstein Junior figure parmi les choix que Tarantino pouvait comprendre si quelqu’un les proposait. La Horde sauvage fait l’objet d’une réserve explicite : ses imperfections participent à sa grandeur. Transformer la conversation en sept certificats identiques d’impeccabilité efface précisément les différences que le réalisateur a introduites dans sa réponse.
Aucun classement du premier au septième n’a non plus été établi. L’ordre d’une conversation dépend des associations d’idées et des questions, pas nécessairement d’une hiérarchie. Pour qui cherche des films à voir, cette sélection constitue un parcours utile à travers des formes très différentes d’efficacité cinématographique. Sa diversité est plus intéressante qu’une note fictive attribuée à chacun.
L’horreur, la comédie et l’aventure produisent des effets différents
Massacre à la tronçonneuse met en scène une expérience de désorientation et de menace physique. Sa force ne tient pas à l’explication de chaque aspect du cadre qu’il présente. Les lieux, les sons et la récurrence de certaines images donnent au spectateur la sensation d’un monde hostile. Analyser cette efficacité n’oblige ni à partager toutes les interprétations du film ni à attribuer à Tarantino chaque remarque sur sa forme.
L’Exorciste suit une autre progression. Le trouble s’immisce dans un foyer et pousse différents personnages à chercher une explication. En associant drame familial et horreur, le film donne des conséquences émotionnelles concrètes à l’extraordinaire. La menace ne se réduit pas à un spectacle d’effets : elle affecte des relations et des convictions que le film a pris le temps de faire connaître.
La défense des Dents de la mer par Tarantinos’inscrit dans son admiration pour le cinéma populaire capable de créer une expérience collective. Le film de Spielberg associe une menace clairement définie aux désaccords entre ceux qui doivent y faire face. L’attente, le manque d’informations et la vie commune des protagonistes entretiennent l’intérêt tout autant que les attaques.
Annie Hall et Frankenstein Junior montrent que la conversation ne se limite pas aux récits violents. Le premier fait de la mémoire sentimentale et de la manière de la raconter une part de la comédie. Le second s’appuie sur une tradition visuelle et narrative qu’il peut parodier tout en créant ses propres personnages et situations. L’humour exige de la précision, même si ses effets diffèrent de ceux du suspense. Dans Annie Hall, modifier l’ordre des souvenirs change le rapport à une expérience sentimentale : le narrateur y revient, la remet en question et la raconte avec un recul qui participe lui aussi à la plaisanterie.
Retour vers le futur et l’exception de La Horde sauvage
Retour vers le futur illustre clairement les liens entre préparatifs et conséquences. Des objets, des phrases et des situations prennent un nouveau sens lorsque l’époque change. Le spectateur peut repérer des correspondances sans que l’aventure cesse d’avancer. Son mécanisme narratif est particulièrement visible, car le film invite à se souvenir de détails qui semblaient secondaires et à observer comment ils réapparaissent, transformés.
Cette précision ne signifie pas que l’expérience se résume à résoudre une énigme. La situation de Marty affecte ses liens familiaux et l’image qu’il se fait de ses parents. Le voyage dans le temps permet d’associer urgence, comédie et intimité. La construction fonctionne parce que les règles et les émotions sont liées, et non parce qu’une explication abstraite du voyage temporel occuperait le centre de chaque scène.
Sorti en 1969 et réalisé par Sam Peckinpah, La Horde sauvage propose une autre idée de l’excellence. Une œuvre peut comporter des aspérités, des excès ou des déséquilibres et conserver une force difficile à réduire à une liste de défauts. La nuance apportée par Tarantino est précieuse précisément parce qu’elle reconnaît cette possibilité dans une conversation sur la perfection. Le terme ne signifie alors plus une régularité sans aspérités.
Ces films permettent de comparer des expériences plutôt que d’imposer un goût unique. Certains concentrent leur énergie sur la menace, d’autres sur la vivacité des dialogues, la mémoire, l’aventure ou l’usure d’un groupe. La sélection de 2022 témoigne d’une intervention précise de Tarantino et offre autant de portes d’entrée vers ces différentes manières de faire du cinéma. Respecter les nuances de la conversation permet d’en profiter sans transformer une réponse spontanée en doctrine figée.
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