La recherche de remakes que Tarantino juge meilleurs que l’original repose sur une prémisse qu’il convient de vérifier. Son admiration pour une nouvelle version ne prouve pas, à elle seule, qu’il l’ait comparée à la précédente et déclarée supérieure.
The Thing : une référence incontestable, une comparaison différente
En janvier 2016, Tarantino a expliqué à Time Out que The Thing de John Carpenter avait été une référence décisive pour Les Huit Salopards et Reservoir Dogs. Ce commentaire atteste une influence importante. Il ne comporte toutefois pas de classement explicite plaçant le film de 1982 au-dessus de La Chose d’un autre monde, sorti en 1951.
Cette distinction permet d’en parler avec précision. Les deux films sont liés au récit Who Goes There? de John W. Campbell, mais ils mettent en scène le danger et l’identité de la créature de manière différente. Une analyse critique peut étudier ces choix. Pour présenter cette comparaison comme l’opinion de Tarantino, il faudrait une déclaration de sa part abordant précisément cette relation.
Dans la version de Carpenter, la capacité d’imitation rend le groupe vulnérable de l’intérieur. Le problème ne consiste pas seulement à défendre une base contre un être reconnaissable. Cette caractéristique explique l’intérêt de The Thing comme modèle de suspicion et de claustrophobie, développé dans le portrait de John Carpenter et ses liens avec Tarantino.
Sorcerer et les nouvelles adaptations d’une même source
Sorcerer, de William Friedkin, figurait dans la sélection de Tarantino pour Sight and Sound en 2012. Sa présence témoigne de son enthousiasme pour le film de 1977, mais ne signifie pas qu’il le préfère au Salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot. Leur source littéraire commune rend la comparaison pertinente ; la liste, à elle seule, ne permet pas de trancher.
Friedkin décrivait également son œuvre comme une nouvelle interprétation du roman de Georges Arnaud. L’histoire orale publiée par la Cinémathèque française en mars 2024 rapporte cette position. Le terme « remake » peut être utile dans une conversation générale, mais il ne rend pas pleinement compte du lien entre deux films qui reprennent une même source.
Les déclarations examinées ici ne révèlent pas non plus de préférence comparative de Tarantino qui permettrait de classer L’Invasion des profanateurs de sépultures parmi les remakes supérieurs à leurs originaux. L’inclure parce que d’autres cinéastes l’ont salué reviendrait à attribuer l’opinion d’une personne à une autre. Une bonne sélection doit respecter l’auteur de chaque jugement.
Une nouvelle version n’est pas une suite
Un remake reprend un récit ; une suite prolonge une histoire ou retrouve des personnages pour une nouvelle aventure. La frontière peut se brouiller avec les redémarrages de franchises, mais cette distinction reste utile pour ne pas confondre les questions. Les commentaires sur les suites appréciées par Tarantinone prouvent pas automatiquement qu’il ait une théorie sur les nouvelles adaptations.
En 2024, son refus public de regarder les nouveaux Dune ne constitue pas non plus une règle esthétique applicable à toutes les époques. Il exprimait sa lassitude envers des histoires qu’il connaissait déjà. L’admiration qu’il a exprimée pour The Thing et Sorcerer montre au moins que ses préférences ne se résument pas à une règle aussi simple que le rejet de tout film ayant un précédent.
La réponse vérifiable se limite donc à une sélection de nouvelles versions qu’il apprécie, assortie d’une indication précise de la portée de chaque preuve. La comparaison avec les originaux reste ouverte lorsqu’il ne l’a pas formulée dans une source identifiable. Transformer cette absence en un classement définitif donnerait une certitude que les témoignages disponibles ne permettent pas d’avoir.
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