La fin de Once Upon a Time... in Hollywood transforme une nuit historique par une succession d’accidents, de décisions et d’objets préparés bien avant. La dernière porte qui s’ouvre compte autant que la violence qui la précède.
Pourquoi les assaillants entrent chez Rick
Le dénouement commence par deux retours. Rick Dalton revient d’Italie avec sa femme, Francesca, et Cliff Booth retrouve une relation professionnelle sur le point de prendre fin. Il n’est désormais plus viable financièrement de garder son ami comme employé permanent. Après un dîner, tous deux passent la nuit chez Rick. Ces adieux dans l’intimité coïncident avec l’arrivée des adeptes de Charles Manson à Cielo Drive, où l’histoire connue fait craindre le pire pour les voisins.
Le bruit de la voiture des visiteurs attire l’attention de Rick. Agacé, il sort pour les chasser et transforme une approche menaçante en dispute de voisinage. Son intervention a un effet dont il n’a pas conscience : les jeunes le reconnaissent comme un acteur de télévision et changent de cible. L’attaque ne vise plus la résidence associée à Sharon Tate, mais la maison de l’homme qui vient de les invectiver.
Sadie avance une justification qui relie cette décision aux images violentes de son enfance. Son argument est grotesque : rendre une vedette de la télévision responsable de leur avoir appris à tuer leur sert à légitimer une agression qu’ils choisissent de commettre. Le film met cette explication dans la bouche d’une assaillante ; il n’en fait pas un diagnostic objectif sur les effets du cinéma. La fiction montre des personnages qui cherchent à justifier leurs actes en donnant une interprétation intéressée de la culture populaire.
Flower Child repart avec le véhicule, tandis que Tex, Sadie et Katie poursuivent leur route. À l’intérieur, ils trouvent Cliff, Francesca et Brandy. Rick se trouve dans la piscine, à l’écart de la menace immédiate, séparé d’elle par la distance et par la musique qu’il écoute. Cette répartition transforme l’assaut en plusieurs actions simultanées : l’homme qu’ils recherchent n’est pas le premier à accueillir les intrus, et le compagnon supposé secondaire devient leur principal obstacle.
Les préparatifs du quotidien deviennent des moyens de survie
La réaction de Cliff mêle reconnaissance, perplexité et capacités physiques que le film a déjà montrées. Il a fumé la cigarette qu’il avait gardée sur lui, ce qui modifie le ton de sa confrontation avec les assaillants : il se comporte avec un calme étrange et met du temps à comprendre ce qui se passe. Le récit n’explique toutefois pas son efficacité par un pouvoir que lui aurait conféré la substance. Son expérience et sa relation avec la chienne étaient déjà établies.
L’intervention de Brandyrompt l’emprise que Tex tente d’exercer avec son arme. Le salon devient le théâtre de coups, d’objets du quotidien et de mouvements désordonnés. Francesca n’est pas non plus réduite au rôle de personnage immobile. La violence est démesurée parce que les agresseurs cessent de maîtriser le lieu qu’ils ont choisi. Le film inverse la vulnérabilité que le spectateur associait à cette nuit, mais il le fait au moyen d’une brutalité dérangeante, et non d’une arrestation sans heurts.
Sadie atteint la zone de la piscine, où Rick utilise le lance-flammes conservé d’un film précédent. L’objet était apparu dans le cadre d’une scène de guerre, accompagnée des difficultés de l’acteur à supporter la chaleur. Son retour transforme une compétence professionnelle extravagante en solution dans le monde quotidien. Il ne sort pas de nulle part : c’est un élément narratif préparé à l’avance, dont le caractère absurde s’accorde avec le fantasme de voir les ressources du cinéma intervenir concrètement dans l’histoire.
La police et les secours arrivent ensuite. Blessé, Cliff repart en ambulance, tandis que Rick tente d’expliquer ce qui s’est passé. L’amitié ne disparaît pas derrière le spectacle : l’inquiétude de Rick pour son compagnon redonne à cette nuit une dimension humaine. À l’écran, l’attaque ne débouche ni sur un nouveau film, ni sur un contrat, ni sur une réconciliation professionnelle définitive. Elle entraîne la survie, des soins médicaux et une conversation entre voisins qui n’avait pas encore eu lieu.
L’invitation de Sharon et les limites de ce que nous savons
Dans la réalité, à l’aube du 9 août 1969, Sharon Tate, Jay Sebring, Abigail Folger, Wojciech Frykowski et Steven Parent ont été assassinés dans la propriété de Cielo Drive. Le film s’écarte de ce dénouement. Cette transformation est délibérée et ne doit pas être confondue avec une théorie alternative sur le véritable crime. Le contraste avec l’histoire de Sharon Tateporte l’émotion d’une conclusion où elle peut continuer à parler, à recevoir des visiteurs et à vivre.
Jay s’approche de Rick et Sharon passe par l’interphone pour l’inviter à entrer. Pendant une grande partie du récit, Rick avait vu ses voisins comme une possibilité d’accéder à un Hollywood plus prestigieux. Il franchit maintenant leur seuil à la suite d’un événement inattendu, après avoir contribué à leur salut sans le savoir. Cette entrée a une valeur sociale pour lui et une valeur émotionnelle pour le spectateur : elle permet d’imaginer une conversation que l’histoire réelle a interrompue à jamais.
Cela ne prouve pas que Roman Polanski va l’engager ni que sa carrière connaîtra un second âge d’or. Ces possibilités relèvent de l’imagination du spectateur, et non des événements montrés. Le titre de conte apparaît alors que s’ouvre une rencontre tournée vers l’avenir. Le film s’achève au moment précis où ses personnages peuvent échapper au dénouement que nous connaissons. Son dernier geste consiste à préserver ce temps possible, sans en faire une biographie complète de ce qui aurait suivi.
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