La relation entre Jackie Brown et Max Cherry est romantique et se conclut par un baiser d’adieu. Tout au long du film, Pam Grier et Robert Forster font naître une complicité, perceptible dans l’attention qu’ils se portent, les conversations qu’ils prolongent et la confiance nécessaire pour travailler ensemble. Le dénouement leur permet d’exprimer cette attirance, mais le fait de la partager ne les conduit pas à envisager le même avenir. Ils ne répondent pas de la même façon à l’affection qu’ils éprouvent ni à la possibilité de construire une vie ensemble.
Leur rapprochement commence dans des circonstances peu propices : Max vient chercher Jackie à sa sortie de prison dans le cadre de son travail d’agent de cautionnement. À partir de cette rencontre, le film leur offre des moments pour faire connaissance en dehors du cadre strictement professionnel. Un verre, le café, les disques et les questions sur l’âge donnent peu à peu de la substance à leur lien. Au moment des adieux, l’émotion vient de ces expériences accumulées : ils ont tous deux trouvé quelqu’un à qui parler de ce qu’ils voudraient changer et de ce qu’ils ont du mal à laisser derrière eux.
L’attirance entre Max et Jackie se développe à mesure qu’ils choisissent de prolonger leurs échanges. Dans le film de Quentin Tarantino, sorti en 1997, accompagner l’autre et l’écouter deviennent des gestes décisifs pour leur relation. Chaque rencontre révèle une nouvelle disposition et les amène à reconsidérer l’image qu’ils s’étaient faite l’un de l’autre.
Du service professionnel à l’attention personnelle
Lorsqu’ils commencent à discuter, Max Cherry entretient avec Jackie une relation professionnelle qui pourrait se limiter à régler l’affaire. Pourtant, l’attention se porte peu à peu sur ce que chacun souhaite raconter. Leur compagnie commence à avoir une valeur en soi. Ce changement compte, car Jackie arrive auprès de lui dans une situation vulnérable et a besoin de pouvoir s’exprimer aussi en dehors des exigences d’Ordell et des agents.
Les rituels de conversation autour d’un verre ou d’une cigarette leur permettent de passer des politesses initiales aux remarques personnelles. Partager un moment sans exiger de résultat immédiat transforme leur relation. La conversation peut s’attarder sur des choses ordinaires et laisser l’intérêt grandir au fil des échanges, sans que l’un ou l’autre ait encore à faire de déclaration amoureuse.
Jackie Brown garde l’initiative lors de ces rencontres. Elle peut décider de ce qu’elle raconte et voir quelle réaction cela suscite. L’intérêt de Max donne à leurs échanges un autre rythme que celui des interrogatoires : les questions personnelles ne visent pas ici à obtenir des aveux utiles pour l’incriminer. Cette liberté donne à leur attirance un ancrage concret.
Apprendre à se connaître avant de se faire confiance
La visite chez elle donne une nouvelle dimension à leur relation. La musique des Delfonics que Jackie et Max partagentrévèle un goût qui appartient à la vie de Jackie avant même l’intrigue criminelle. Le partager donne à la curiosité de Max un objet concret et permet à Jackie de prendre le rôle de celle qui invite et fait découvrir quelque chose qui lui est propre. Apprendre à se connaître, c’est aussi prêter attention à ce qui rend la compagnie de l’autre agréable.
La conversation sur l’âge donne lieu à une petite négociation autour de la sincérité. Dans leur échange au sujet des cheveux de Max, il confie à Jackie une préoccupation personnelle. Leur intimité grandit lorsqu’ils peuvent parler de ce qui les met mal à l’aise. L’attirance fait ainsi une place à une insécurité que chacun aurait pu préférer cacher au début de leur rapprochement.
Plus tard, Jackie explique qu’elle a peur de devoir tout recommencer. Max entend une inquiétude qui dépasse le danger que représente Ordell. La scène permet de mettre en regard deux expériences professionnelles et deux façons d’envisager le temps qu’il leur reste. Parler du temps qui passe transforme aussi leur flirt : apprendre à se connaître, c’est découvrir quelles habitudes ils sont prêts à changer et quelles pertes ils redoutent.
La collaboration au plan constitue une mise à l’épreuve concrète. Jackie a besoin que Max accepte d’y participer, et lui doit décider lui-même jusqu’où il s’engage. Le risque donne du poids à la confiance, mais soulève aussi une question embarrassante : jusqu’où peuvent-ils se servir l’un de l’autre ? Leur proximité doit composer avec ce déséquilibre : elle propose une issue et a besoin de l’impliquer ; lui garde la liberté de décider jusqu’où il souhaite l’accompagner.
Le baiser et les choix de la fin
Jackie annonce qu’elle part en Espagne et invite Max à l’accompagner, mais il décline. Cette proposition transforme en décision concrète une possibilité que leur relation n’avait fait qu’entrevoir. Reconnaître la valeur de ce qu’ils ont partagé ne signifie pas pour autant s’engager dans une autre vie. Le respect qu’ils éprouvent l’un pour l’autre suppose aussi d’accepter que le désir de l’un ne décide pas de l’avenir de l’autre.
Pam Grier a expliqué à Sean Fennessey sa lecture de la scène des adieux dans The GQ&A: Pam Grier, publié le 3 octobre 2011. Elle l’a décrite comme un geste romantique de Jackie envers un homme qui avait pris soin d’elle et qui était intimidé. Elle a également raconté qu’après les répétitions, Tarantino leur avait laissé la liberté de trouver le contact et l’émotion du moment.
Le baiser confirme leur attirance. Max retourne répondre au téléphone de son bureau. Ce retour à la routine peut être interprété comme le signe qu’il lui est difficile d’y renoncer, même si le film ne réduit pas sa décision à une seule explication. L’intimité qu’ils viennent de partager coexiste avec leur séparation.
Les adieux se poursuivent avec Jackie au volant et Across 110th Street. Après le baiser, la scène laisse chacun dans un espace différent. Le changement accompli par Jackie et la possibilité amoureuse qu’elle laisse derrière elle font partie du même dénouement, sans que le film montre quelle vie chacun mènera ensuite.
Lors d’une conversation organisée par les Harvard Film Archive le 8 octobre 2016, Grier a raconté qu’elle préparait ses scènes en prêtant attention au rythme de ses partenaires. En parlant de Forster, elle a imité sa façon de répondre avec lenteur, très différente de la vivacité de Keaton. Cette différence aide à comprendre comment une brève réplique peut maintenir l’intérêt sans se transformer en déclaration.
Dans les rencontres entre Max et Jackie, prendre le temps d’écouter compte d’autant plus que l’intrigue pousse les autres personnages à exiger des réponses immédiates. Avec Max, une hésitation peut garder sa place ; avec Ordell, le même délai risque d’aggraver le danger. Le spectateur apprend à percevoir ces changements de tension. Leur proximité leur permet de ne pas toujours chercher à prendre le dessus, et cette possibilité rend leur compagnie désirable avant même qu’ils parlent d’un avenir commun. Elle explique aussi pourquoi les adieux sont douloureux : l’un est devenu un bon interlocuteur pour l’autre, tout en restant en dehors de la vie que cette personne s’apprête à construire.
