Les tenues de Jules et Vincent : costumes et tee-shirts de Pulp Fiction

Jules et Vincent troquent leurs costumes noirs contre des tee-shirts et des shorts prêtés par Jimmie. Dans Pulp Fiction, ce changement de tenue répond à un problème concret : leurs vêtements sont tachés de sang et ils doivent les remplacer. Leur apparence change ainsi pour le reste de la matinée, notamment lors de leur arrêt au restaurant.

Leurs tee-shirts sont bien visibles dans le plan où ils apparaissent tous les deux à la casse. Vincent porte un tee-shirt gris clair de l’université UC Santa Cruz et des Banana Slugs. Jules porte un tee-shirt bleu clair illustré de Krazy Kat. Le premier l’associe à un short bleu ; le second, à un short rouge à motifs.

Avant ce changement, leurs costumes associent les mêmes vêtements et les mêmes couleurs, mais les chemises et le tissu leur donnent des finitions différentes. Betsy Heimann a imaginé ces différences pour les personnages. Une fois les vestes et les cravates retirées, le cadre laisse place aux manches courtes, aux jambes nues et aux grands motifs sur la poitrine.

Les costumes noirs et ce qui les distingue

La tenue de travail des deux tueurs à gages se compose d’une veste et d’un pantalon noirs, d’une chemise blanche et d’une cravate noire étroite. Lors de leur visite chez Brett, leurs vestes ouvertes laissent apparaître une bande blanche au centre du torse. Côte à côte, ils reprennent la même répartition des couleurs et affichent une silhouette semblable.

Dans son entretien avec Cheryl Wischhover pour Fashionista, en 2014, Betsy Heimann a expliqué qu’elle avait conçu Jules comme un prédicateur et lui avait choisi un col petit et ajusté. Pour Vincent, elle a opté pour du lin, dont les plis correspondaient à l’allure négligée qu’elle recherchait pour lui.

Le plan à deux permet de comparer leurs chemises. Celle de Vincent a des pointes plus longues et plus écartées ; le col de celle de Jules est plus compact. La veste de Vincent présente des plis et une surface moins lisse. Leur ressemblance générale laisse donc place à des différences visibles, même lorsqu’ils sont immobiles dans le même cadre.

La tenue reste la même lorsqu’ils discutent dans la voiture, attendent d’entrer dans l’appartement et se présentent devant les jeunes hommes. La continuité des vêtements relie ces moments : ils arrivent ensemble et accomplissent la même mission. Cette utilisation des costumes comme uniforme visuel est particulièrement évidente dans les plans où ils apparaissent ensemble : la répétition des vestes, des chemises et des cravates permet de les identifier comme partenaires avant même qu’ils passent à l’action.

Le sang vient ensuite rompre la netteté de cette tenue. Lorsqu’ils retirent leurs vestes chez Jimmie, les taches ressortent fortement sur leurs chemises blanches. Le costume est toujours complet, mais son état révèle ce qui s’est passé dans la voiture. Le changement de vêtements qui suit a donc une cause que le film montre directement.

Quel tee-shirt et quel short porte chacun ?

Jimmie leur fournit des vêtements de rechange. Le plan des deux hommes à la casse, reproduit par SFGATE et BAMF Style, permet de comparer les vêtements et de reconnaître les motifs sur leur poitrine :

  • Vincent Vega : tee-shirt gris clair à manches courtes et col rond, avec les mots « UC Santa Cruz » au-dessus du dessin d’une limace jaune et « Banana Slugs » en dessous. Il porte un short bleu uni.
  • Jules Winnfield : tee-shirt bleu clair, lui aussi à manches courtes et col rond, orné d’une illustration de Krazy Kat. Son short est rouge à motifs foncés.

L’emblème porté par Vincent est celui de l’université de Californie à Santa Cruz. L’université elle-même l’identifie comme Fiat Slug : la mascotte porte des lunettes et lit un livre. Sur l’illustration originale conservée par l’établissement, le nom de Platon figure sur la couverture du livre et le dessin comprend un cercle portant le nom de l’université. Le tee-shirt reprend cette identité universitaire, avec la limace jaune bien visible sur le fond clair.

Heimann a également raconté à Fashionista qu’elle avait obtenu par téléphone l’autorisation d’utiliser le tee-shirt de Santa Cruz et de se le faire envoyer.

Le tee-shirt de Jules présente une illustration narrative, avec des personnages et une bulle de texte. Le dessin occupe le devant du vêtement, mais le titre de la bande dessinée n’apparaît pas en grandes lettres comme l’inscription universitaire sur le tee-shirt de Vincent. Cette différence aide à les reconnaître dans les plans du restaurant, où les shorts peuvent être hors champ tandis que les motifs restent visibles.

Dans l’entretien de Caroline Young publié en 2013, Heimann a expliqué que les vêtements prêtés s’inspiraient de l’armoire qu’elle imaginait pour Jimmie : des tee-shirts et des vêtements courts, comme ceux de quelqu’un qui reste chez lui. Son choix reposait sur ce que ce personnage pouvait avoir à sa disposition.

Le changement de silhouette et son effet sur les scènes

À la casse, le plan place à nouveau Jules et Vincent côte à côte. Leurs manches courtes laissent leurs bras découverts et leurs shorts s’arrêtent au-dessus des genoux. Les vestes, qui allongeaient auparavant le torse et soulignaient les épaules, ont disparu. Les deux hommes occupent le cadre en tenue décontractée, tout en gardant sur eux les objets de leur journée.

Le contraste des couleurs est plus marqué dans cette seconde tenue. Les deux tee-shirts sont clairs, mais le logo jaune de Vincent et le short rouge de Jules apportent des touches de couleur absentes de leurs costumes. Les tenues ne reprennent plus la même répartition du noir et du blanc. Les vêtements qui leur sont échus contribuent aussi à distinguer chacun d’eux.

Ce changement permet au film de se moquer de leur apparence sans interrompre le conflit. Au restaurant, Jules Winnfield continue d’imposer ses conditions au braqueur tout en portant son tee-shirt à motifs. Sa voix, ses silences et l’attention qu’il accorde à son interlocuteur donnent du poids à son intervention. Le vêtement comique reste visible pendant une situation dangereuse.

Vincent conserve lui aussi sa façon de répondre et de discuter avec Jules après avoir enfilé le tee-shirt universitaire. Les deux hommes reçoivent des vêtements prêtés à la suite du même incident, mais leurs désaccords se poursuivent. Leurs tenues rendent visible une circonstance qu’ils partagent ; leur jeu maintient ce qui les différencie.

Le film présente ces vêtements dans un ordre qui tire parti de leur contraste. Lorsque Jules et Vincent arrivent au bar de Marsellus en tee-shirts et en shorts, le spectateur n’a pas encore vu comment ils se sont retrouvés ainsi vêtus. Dans leurs apparitions précédentes, ils portaient des costumes. Leurs vêtements suscitent une petite question visuelle au milieu d’une scène consacrée à d’autres enjeux.

La réponse arrive lorsque le récit revient à l’épisode du matin. Les chemises tachées, l’aide de Jimmie et la sortie à la casse complètent les éléments manquants. Les costumes relient des scènes séparées par le montage et permettent de comprendre les conséquences de l’incident sans que les personnages aient à le raconter de nouveau à Marsellus.

À la fin de la scène du restaurant, on connaît désormais l’origine des tee-shirts. Jules et Vincent repartent avec eux et avec la mallette. Le film leur conserve cette apparence jusqu’à leur dernière image en duo, après avoir montré comment ils l’ont adoptée.