Ézéchiel 25:17 existe bien dans la Bible, mais le long passage que récite Jules dans Pulp Fiction ne reprend pas littéralement ce verset. Son début introduit des images et des personnages absents du texte biblique ; sa conclusion conserve la menace de vengeance, mais en modifie la formulation. Il est donc inexact de le considérer comme une citation intégrale des Écritures ou comme une invention complète de Tarantino.
Entre la Bible et le film de 1994, il existe un autre précédent : le prologue de The Bodyguard, la version américaine d’un film japonais avec Sonny Chiba. Distinguer ce remontage de Bodyguard Kiba permet de situer les dates de 1973 et 1976 et de retrouver l’ajout mentionné dans la documentation cinématographique.
Le sens du récitatif dépend aussi de la personne qui l’écoute. Face à Brett, Jules en fait une cérémonie d’intimidation ; devant Pumpkin, il revient sur ses paroles et examine la place qu’il y occupe. La même référence biblique remplit ainsi différentes fonctions. Comparer le verset, son précédent cinématographique et ces situations permet de comprendre ce détail sans confondre authenticité textuelle et efficacité dramatique.
Ce que dit réellement Ézéchiel 25:17
Le numéro désigne un véritable verset du livre d’Ézéchiel. Dans son contexte immédiat, l’annonce de vengeance vise les Philistins : elle appartient à un oracle précis, et non à une description générale de la conduite que devrait adopter un homme juste. Cette situation biblique diffère déjà de l’affrontement privé entre un tueur à gages et la personne qu’il menace.
La Reina-Valera de 1909, édition du domaine public signalée par eBible, donne le texte complet suivant d’Ézéchiel 25:17 :
« J’exercerai sur eux de grandes vengeances, en leur faisant subir ma colère ; et ils sauront que je suis Jéhovah, quand j’exercerai ma vengeance contre eux. »
Le début de la tirade du film, « The path of the righteous man », introduit un développement qui ne figure pas dans ce verset. Les thèmes de la protection et de la guidance que Jules ajoute ensuite en sont également absents. En revanche, le passage « with great vengeance and furious anger » entretient un lien reconnaissable avec la menace biblique. La conclusion adapte ce contenu ; elle ne reproduit pas littéralement l’intégralité de la dernière phrase de la Bible.
La comparaison avec Ézéchiel 25 dans la King James Version confirme que l’écart ne relève pas seulement d’une traduction de l’anglais vers l’espagnol. Le discours ajoute une présentation morale avant d’en venir au châtiment. Celui qui parle peut ainsi s’attribuer le rôle de protecteur et présenter son adversaire comme un ennemi qui mérite la violence. La longueur du récitatif construit cette position d’autorité : elle fournit à Jules une justification solennelle pour un acte qu’il est sur le point de commettre lui-même.
Le précédent de The Bodyguard et les deux dates
Bodyguard Kiba est un film japonais réalisé par Ryuichi Takamori en 1973 et avec Sonny Chiba dans le rôle principal. La notice officielle d’Eureka Entertainment distingue cette production de The Bodyguard, sa version américaine alternative. Cette distinction est importante, car le précédent du récitatif se trouve dans des éléments ajoutés pour ce marché, et non simplement dans n’importe quelle copie portant le titre japonais.
Dans son essai pour le livret de Sister Street Fighter, publié par Arrow Video en 2018, Chris Poggiali retrace cette transformation. Le distributeur américain a commandé un doublage, un remontage et un nouveau prologue tourné à New York. Le texte attribué à Ézéchiel 25:17 a été ajouté à cette introduction. Le résultat, The Bodyguard, est sorti dans les salles américaines en 1976.
Les années 1973 et 1976 correspondent donc à deux étapes différentes de la diffusion d’un film. La première désigne la production japonaise ; la seconde, la sortie de la version qui contient l’ajout en question. Une référence au seul titre et à l’acteur peut masquer cette différence. C’est la transformation de la copie qui importe ici, car un élément présenté comme faisant partie de l’œuvre peut provenir de son adaptation pour un autre public.
Dans son article The Street Fighter, publié par Turner Classic Movies en 2015, Richard Harland Smith établit explicitement le lien entre ce prologue et Pulp Fiction. Son étude identifie l’origine américaine de l’élément que Tarantino intègre au récitatif. Le précédent se situe dans une intervention sur le film japonais : l’introduction ajoutée lors de sa préparation pour les salles d’un autre pays.
Cette provenance modifie la question de l’auteur de la tirade : attribuer l’intégralité de son développement à Tarantino efface une étape antérieure. On peut examiner son apport dans la façon dont le discours est placé au sein de nouvelles situations. Un texte utilisé pour introduire un film est repris par un personnage qui s’en sert contre quelqu’un, puis le réexamine. L’effet dramatique tient à ce changement d’usage, autant qu’au choix des mots.
De la menace lancée à Brett à la discussion avec Pumpkin
Dans la scène de l’appartement de Brett, Jules maîtrise le rythme de la conversation et le récitatif précède les coups de feu. Le montage final de Pulp Fiction, préparé par Words in Pictures en 1994, permet de le situer avant l’exécution. Le destinataire ne prend pas part à une discussion religieuse : il reçoit une sentence dont la solennité accentue le déséquilibre entre eux.
Le montage revient ensuite sur ce moment depuis la salle de bains où attend un autre homme. Même si le spectateur entend de nouveau le passage, Jules ne décide pas de le réciter une seconde fois. Il s’agit de la même situation, observée d’un autre point de vue. Compter les apparitions du discours comme s’il s’agissait d’épisodes indépendants fausse son rapport aux événements.
Au restaurant, Pumpkin devient un interlocuteur différent. Jules explique qu’il utilise ce passage depuis des années sans s’arrêter sur son sens, puis reconsidère la répartition des rôles qu’il propose. Le changement s’opère dans sa façon de lire : il cesse de s’attribuer automatiquement le beau rôle et admet que son propre comportement pourrait correspondre au mal qu’il dénonce.
Ce déplacement donne au récitatif une fonction particulière dans la caractérisation de Jules Winnfield. D’abord, il lui sert à couper court à toute réplique ; ensuite, à formuler un doute sur lui-même. La référence conserve son apparence d’autorité, mais celui qui parle commence à remettre en question l’interprétation qu’il tenait auparavant pour certaine.
Pour comparer des textes en espagnol, il faut déterminer de quel type de texte il s’agit. Une édition de la Bible, un sous-titre et une réplique doublée relèvent de différents travaux de traduction. La présence de mots différents ne suffit pas à conclure que l’une des versions est erronée : il faut d’abord établir si l’on compare le même original et dans quel but il a été traduit.
La Reina-Valera de 1909 conserve des formes verbales comme diere et emploie le nom Jehová. Ce vocabulaire appartient à la révision choisie pour présenter le verset. Il ne permet pas d’identifier les choix d’une édition française de Pulp Fiction ni de reconstituer le son d’une piste espagnole précise du film.
Pour comparer deux traductions du récitatif, il est utile de connaître la langue source, l’édition et le support : la transcription d’un doublage précis n’équivaut pas à une traduction réalisée à partir du scénario. Conserver ces informations avec le texte évite qu’une version anonyme diffusée sur Internet finisse par être considérée comme la seule formulation officielle en espagnol.
