Films de vengeance recommandés par Tarantino : du traumatisme à la riposte

Un film de vengeance peut promettre la libération et finir par laisser un vide. Les choix documentés de Tarantino comprennent des récits aux formes très différentes, qui transforment le préjudice en action.

Rolling Thunder : un choix qui, lui, est daté

Rolling Thunder, réalisé par John Flynn en 1977, figure parmi les films choisis par Quentin Tarantino pour le sondage de Sight and Sound en 2012. Ce choix permet de le recommander en s’appuyant sur une attribution précise : il faisait partie des titres qu’il avait sélectionnés pour ce sondage. Cela ne prouve pas qu’il occupe toujours la première place de ses films de vengeance préférés, ni ne permet de lui attribuer n’importe quelle interprétation de ses scènes.

Le film suit Charles Rane, un vétéran qui revient du Vietnam et retrouve une société prête à célébrer son retour, mais peu capable de le comprendre. William Devane campe un personnage dont la retenue rend difficile de distinguer la discipline, le détachement émotionnel et la souffrance. Avant même que le récit ne se transforme en course-poursuite, le retour constitue déjà une crise. La violence qui s’ensuit ne fait pas surgir de nulle part un homme blessé : elle rencontre une expérience antérieure de captivité et de perte.

L’intérêt de cette construction tient au fait que la vengeance ne résout pas rétrospectivement tout ce qui a précédé. Le protagoniste peut identifier les responsables d’une attaque précise, mais ne peut pas pour autant faire du foyer l’endroit qu’il espérait retrouver. Sous cet angle, le film est plus âpre qu’un simple fantasme de réparation. Sa progression propose des objectifs et des actions faciles à saisir, tout en laissant planer un doute sur ce que cette activité peut réparer.

Tommy Lee Jones interprète Johnny Vohden, un autre vétéran dont la relation avec Rane ajoute une forme de camaraderie sans fioritures. Leur coopération se comprend sans longs discours. La familiarité avec le danger se substitue en partie aux échanges ordinaires. Cette économie de mots permet d’observer un aspect particulièrement intéressant du genre : des personnages qui agissent ensemble, sans que leur entente équivaille à un rétablissement émotionnel ou à un avenir clairement envisageable.

Trois films de vengeance réunis par le programmateur

On trouve une autre recommandation vérifiable dans la programmation du New Beverly en mars 2011, conçue par Tarantino. Le 8, il a réuni The No Mercy Man, Johnny Firecloud et Summertime Killer pour une triple séance consacrée à la vengeance. Cette sélection est plus précise qu’une liste diffusée sans source : elle rassemble des titres, une date et un contexte de projection. Son intérêt est de montrer quels films Tarantino souhaitait mettre en regard devant des spectateurs.

Johnny Firecloud, de William Allen Castleman, situe son conflit dans la violence raciste subie par un vétéran autochtone à son retour dans sa communauté. Si vous choisissez de le voir, il est utile de distinguer la représentation de la brutalité d’un milieu de la justification automatique de chaque ressort du spectacle par cette brutalité. Le film accumule délibérément les agressions, de manière éprouvante, avant de donner au protagoniste la possibilité de riposter.

Ce mécanisme permet de comparer deux échelles de violence : le préjudice personnel et la permissivité collective qui le rend possible. L’ennemi ne se réduit pas à un adversaire isolé. Les rapports de pouvoir au sein de la communauté déterminent qui peut se protéger et qui est écouté. Le film relève du cinéma d’exploitation, avec ses excès et ses choix contestables, mais sa présence dans une séance thématique n’oblige pas à le réduire à la quantité de châtiments qu’il propose.

Summertime Killer, réalisé par Antonio Isasi-Isasmendi, propose une autre variante : la vengeance comme projet qui se prolonge d’une expérience vécue pendant l’enfance jusqu’à l’action à l’âge adulte. Le passage du temps introduit la préparation, l’identité et une distance entre le souvenir et les objectifs du présent. L’idée d’un exécutant qui suit une liste peut sembler familière au spectateur de Tarantino, mais cette ressemblance ne suffit pas à affirmer que chacun de ses choix de scénario découle de ce film.

The No Mercy Man, réalisé par Daniel Vance, met en scène un autre vétéran et un autre conflit lié à la violence ambiante. Dans une triple séance, la répétition de certains motifs cesse d’être un défaut à dissimuler : elle permet de voir les variations de ton, de protagoniste et de type d’agression. La programmation atteste de cette possibilité de comparaison. Elle ne signifie pas que les trois films ont la même valeur ou procurent le même plaisir.

Ce qu’il ne faut pas confondre avec une recommandation

Thriller: A Cruel Picture et Lady Snowblood reviennent souvent dans ces discussions en raison de leur lien avec Kill Bill. Une influence visuelle, une musique réutilisée et une critique favorable sont des preuves de nature différente. Un écusson porté par un personnage ou la ressemblance entre deux trajectoires ne suffisent pas, à eux seuls, à reconstituer un classement des préférences. C’est pourquoi le parcours proposé s’appuie sur un vote et une programmation datés, plutôt que de présenter une liste prétendument définitive.

Il convient également de distinguer la vengeance et le vigilantisme. Le vengeur répond à un préjudice identifiable ; le justicier peut s’attribuer une mission générale de punir les délits. Les frontières se brouillent, mais elles modifient le rapport à la loi et aux victimes. Les récits de femmes emprisonnées liés à ses recommandations offrent une autre combinaison d’abus, de survie et de rébellion, sans que toutes les évasions puissent être qualifiées de vengeances.

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