La publicité Red Apple : Rick Dalton dans et hors de son personnage

Rick Dalton incarne à nouveau une version de son image publique dans la publicité Red Apple. Le spot commence comme une publicité d’époque et finit par laisser entrevoir la mauvaise humeur de l’acteur une fois la prise terminée.

Une publicité pendant le générique

La publicité Red Apple apparaît pendant le générique de fin de Once Upon a Time... in Hollywood. Rick Dalton fait la promotion d’une marque fictive de cigarettes en s’appuyant sur son association avec Jake Cahill, le héros de Bounty Law. Le spot prolonge l’univers du film sous la forme d’une publicité en noir et blanc. Après le dénouement, le spectateur découvre un autre fragment de la carrière imaginaire de l’acteur, présenté comme s’il provenait d’archives télévisées.

La place de cette séquence est importante. Elle ne développe pas les conséquences immédiates de cette nuit d’août et n’ajoute pas de rencontre ultérieure entre les voisins. Elle revient à l’image professionnelle de Rick et permet de conclure sur une scène de représentation. Le film a déjà montré des interviews, des séries, des films et des affiches qui lui sont associés. La publicité enrichit cet ensemble en montrant une activité où le personnage de fiction devient un outil pour vendre un produit.

Rick se présente comme un acteur connu pour un rôle précis. La publicité exploite cette proximité entre la personne et son identité télévisuelle : le public peut se fier à la familiarité du cow-boy et la reporter sur le produit qu’il recommande. Le spot associe aussi le tabac de l’Ouest à la consommation moderne au moyen d’une histoire commerciale inventée. La continuité de la marque prend la forme d’une petite légende publicitaire, adaptée à une entreprise qui veut paraître ancienne et fiable.

Les prétendus avantages du produit relèvent du discours de cette publicité fictive. Le film reproduit l’assurance avec laquelle une célébrité peut réciter un argumentaire de vente, sans pour autant proposer une véritable évaluation du tabac. Le ton devient particulièrement révélateur lorsque la prise s’achève et que Rick exprime une opinion très différente sur ce qu’il vient de promouvoir. Le décalage entre les deux interventions donne à la scène son ressort comique.

Le sourire professionnel et l’irritation en privé

Pendant la prise, Rick maîtrise sa voix, sa posture et le rythme de son adresse au public. Il doit sembler à l’aise avec la cigarette et convaincu par les mots qu’il prononce. La prestation est plus courte qu’un épisode télévisé, mais exige une transformation identifiable. L’acteur fait d’une consigne publicitaire une démonstration d’assurance, en s’appuyant sur des procédés que son public associe déjà à une star du western.

Dès que le tournage est terminé, son attitude change. Rick n’aime pas le goût de la cigarette et proteste contre la photo choisie pour le représenter. L’humour repose sur la rapidité avec laquelle il abandonne son amabilité publique. La séquence montre à la fois le travail et la réticence dans une même situation : il a fait la publicité, même s’il n’aime ni le produit ni l’image que d’autres ont choisi pour le présenter.

Son inquiétude au sujet du double menton visible sur la photo illustre une forme de vanité cohérente avec le personnage. L’image publicitaire reste figée, tandis que lui peut bouger, se reprendre ou essayer de donner une autre impression. Cette immobilité lui renvoie une image de lui-même qu’il juge peu flatteuse. Sa protestation est dérisoire et comique, mais elle renvoie à une inquiétude plus vaste : qui contrôle le visage avec lequel un acteur apparaît en public ?

La séquence propose une nouvelle variation sur le contraste qui caractérise Rick Dalton. Il peut livrer une prestation convaincante et, quelques secondes plus tard, se montrer peu sûr de lui, irritable ou susceptible. La publicité ne remet pas en cause son professionnalisme. C’est précisément parce qu’il a réussi à vendre une apparence de satisfaction que son rejet ultérieur devient drôle. Le spectateur observe ce changement de registre et reconnaît l’effort que l’image publique avait dissimulé pendant la prise.

Une marque récurrente dans une télévision imaginaire

Red Appleréapparaît dans plusieurs films de Tarantino. Ici, la publicité lui donne une histoire et une voix commerciale en 1969. Pour ceux qui reconnaissent la marque, cette familiarité ajoute un clin d’œil, mais elle n’est pas indispensable pour comprendre la scène. Un spectateur qui la découvre peut suivre la publicité et apprécier la rupture finale sans connaître ses apparitions précédentes.

La séquence s’inscrit également dans l’abondance de publicités, de génériques musicaux et d’extraits télévisés qui jalonnent le long métrage. Les personnages vivent dans une ville où les images commerciales font partie du décor. La publicité n’est pas seulement une interruption extérieure au récit : elle constitue aussi l’un des métiers de Rick et l’une des façons dont une star entre dans la vie des autres. La marque permet de concrétiser cette présence dans une scène.

Le format de fausses archives entretient une ambiguïté féconde. Nous savons que Rick et Bounty Law sont des inventions, mais la publicité reprend des codes qui rendent leur existence plausible dans le passé reconstitué. Sa brièveté, le noir et blanc et la présentation frontale créent une mémoire audiovisuelle imaginaire. Le film se sert de cette crédibilité pour enrichir la biographie professionnelle du personnage au-delà des événements suivis au cours des trois journées principales.

La chute laisse Rick dans un état d’imperfection quotidienne qui nous est familier. Après un récit mêlant amitié, carrière et violence, il peut encore s’énerver pour une photo ratée. La dernière plaisanterie ramène l’attention sur l’acteur qui travaille, pose et se juge. La publicité Red Apple fonctionne parce qu’elle réunit ces deux facettes : le porte-parole capable de faire vivre la fiction commerciale et l’homme qui, une fois la prise terminée, veut discuter des conditions dans lesquelles sa propre image est présentée.

Pour en savoir plus, consultez le guide de Once Upon a Time... in Hollywood.