Le roman Once Upon a Time... in Hollywood : une autre façon de connaître Rick et Cliff

Le roman écrit par Tarantino nous ramène dans l’univers de son film, mais propose une expérience différente. Cette comparaison contient des spoilers et distingue ce que raconte le livre de ce que le long métrage choisit de laisser en suspens.

Édition de référence et portée de la comparaison

Once Upon a Time... in Hollywood a été publié en 2021, deux ans après la sortie du film. Pour cette comparaison, l’édition espagnole de référence est celle de Reservoir Books, ISBN 9788418052460. Nous avons consulté sa notice éditoriale et l’extrait initial autorisé, ainsi que le passage « Infortunio », diffusé avec l’aimable autorisation de l’éditeur. Cette base permet d’examiner des différences précises sans prétendre que la consultation d’extraits équivaut à une lecture intégrale de toutes les éditions.

Le livre relève de la fiction narrative. Ce n’est ni le scénario de tournage imprimé, ni une transcription des dialogues, ni un essai autobiographique du réalisateur. Cette distinction modifie les attentes du lecteur : un roman peut donner accès aux pensées, résumer de longues périodes et réorganiser les informations sans reproduire chaque plan. Le lien avec le film est étroit, mais chaque œuvre décide, selon ses propres moyens, ce que le public sait et à quel moment.

Rick Dalton et Cliff Booth évoluent toujours dans un Hollywood où coexistent personnages fictifs et figures historiques. Ce mélange était déjà présent à l’écran et demande la même prudence sur la page. Une conversation fictive peut évoquer de vrais cinéastes sans pour autant constituer un témoignage à leur sujet. Le nom réel apporte une référence culturelle ; la situation qui l’entoure relève toujours d’une construction littéraire.

La publication du livre après le film n’oblige pas non plus à le considérer comme une version définitive qui viendrait corriger le long métrage. Une œuvre peut apporter des informations supplémentaires tout en conservant délibérément des différences de perspective. Le spectateur qui analyse une scène doit distinguer ce qu’il y voit de ce qu’il sait grâce à une autre version. Cette distinction est particulièrement importante lorsqu’une inconnue cinématographique nourrit une grande partie de l’intérêt suscité par un personnage.

La prose modifie la distance avec les personnages

L’extrait initial situe la rencontre de Rick et Marvin Schwarz dans un bureau, tandis que le film montre leur conversation chez Musso & Frank. Le récit écrit intègre des pensées qui ne sont pas prononcées au cours de l’échange. Il permet ainsi de percevoir l’écart entre la courtoisie affichée et le jugement intérieur des interlocuteurs. Le dialogue conserve son énergie, mais la prose peut l’interrompre pour révéler ce qu’une caméra devrait suggérer autrement.

Au cinéma, une pause ou un regard de Leonardo DiCaprio et d’Al Pacino peut se prêter à plusieurs interprétations simultanées. Le texte peut choisir de nommer une réaction mentale précise. Aucun procédé n’est automatiquement supérieur à l’autre : ils créent des rapports différents à l’incertitude. Lorsque le narrateur fournit une appréciation, le lecteur dispose d’une précision qui ne dépend pas uniquement de l’interprétation d’un visage, même s’il doit aussi se demander à qui appartient véritablement ce jugement.

Le cas de Cliff Boothillustre tout particulièrement cette différence. Le passage « Infortunio » affirme qu’il a causé la mort de Billie et décrit ses tentatives pour se justifier. Le long métrage ne montre pas le coup de feu et laisse ouverte l’interprétation de la scène du bateau. Le roman dissipe cette incertitude dans sa propre version, mais n’ajoute pas rétrospectivement un plan qui n’a jamais figuré dans le film. Pour comparer les deux, il faut garder en tête l’incertitude autour de l’épouse de Cliffet préserver ces deux niveaux.

Il convient également de distinguer la voix narrative, le point de vue du personnage et l’opinion de l’auteur. Une justification cruelle peut révéler comment quelqu’un tente de se défendre à ses propres yeux. Intégrer ce raisonnement à une fiction ne signifie pas, à lui seul, le défendre comme principe moral. L’analyse doit observer l’écart entre les actes d’une personne et les mots par lesquels elle cherche à minimiser sa responsabilité, sans attribuer automatiquement chaque phrase à une déclaration personnelle de Tarantino.

Un développement littéraire n’est pas un recueil de scènes coupées

Le roman laisse davantage de place aux antécédents et aux relations, mais tout ce qui y est raconté n’a pas nécessairement été filmé. Un texte inédit peut développer une possibilité qui n’a jamais donné lieu à une scène de tournage. Il faut donc distinguer les développements du livre des contenus audiovisuels conservés en bonus. Ils témoignent de processus différents : l’un montre ce que le romancier a décidé de raconter ; l’autre, ce que les acteurs ont interprété devant une caméra.

Cette distinction est utile pour comparer la présence de Manson. Son rôle dans un roman peut être développé par le récit ou le point de vue, tandis que les scènes coupées du filmpermettent d’observer des interprétations concrètes de Damon Herriman. Réunir ces deux types de contenu comme s’ils formaient une seule version longue reviendrait à créer une œuvre qui n’existe pas. La continuité entre les personnages n’efface pas la différence entre une page publiée et une séquence tournée.

L’amitié entre Rick et Cliffse vit elle aussi différemment d’un support à l’autre. À l’écran, une grande part de leur complicité naît du temps passé ensemble : conduire, s’asseoir côte à côte ou rester silencieux. La lecture peut donner des éléments de contexte sans reproduire exactement cette cohabitation visuelle. En apprendre davantage sur leur passé et passer du temps à observer deux corps dans un même plan sont deux façons différentes de découvrir une relation ; elles peuvent se compléter sans se remplacer.

Lire le roman après avoir vu le film permet de repérer ces choix ; le lire avant peut modifier la répartition des attentes. Dans les deux cas, il convient de préserver l’autonomie de la fin du filmet de ses silences. Le livre ouvre une autre voie vers le même univers, avec une voix capable d’expliciter ce que l’image laisse en réserve. La comparaison est plus féconde lorsqu’elle s’intéresse à ces différences de connaissance, plutôt que de réduire la littérature à une liste d’informations absentes de l’écran.

Pour en savoir plus, consultez le guide d’Once Upon a Time... in Hollywood.