Budd, interprété par Michael Madsen dans Kill Bill, est le frère de Bill et l’un des anciens membres du Détachement des Vipères assassines. Son nom de code est Sidewinder, mais la vie qu’il mène dans le deuxième volet est loin du prestige que son passé pourrait laisser imaginer. Il travaille comme videur dans un club de strip-tease et vit dans une caravane. Son quotidien nous le fait découvrir dans une situation de dépendance et d’usure.
Malgré ce déclin, Budd reste dangereux. Il reconnaît la responsabilité du groupe dans ce qui est arrivé à Beatrix, anticipe son attaque et cherche à tirer profit de sa capture. Le décalage entre ce qu’il admet et ce qu’il fait est au cœur du personnage : comprendre sa victime ne le conduit pas à renoncer à lui faire du mal.
Sa relation avec Bill ajoute une autre difficulté. Il dit avoir mis en gage son sabre de Hattori Hanzo, mais il l’a toujours. Ce mensonge rend incomplète l’image d’un homme qui aurait tourné le dos à tout son passé. Son retrait, ses rancœurs et sa volonté de survivre se mêlent sans jamais se résoudre.
Dans Kill Bill : Volume 2, réalisé par Quentin Tarantino en 2004, le portrait de Budd se construit entre son travail quotidien et le retour de la violence du détachement. Avant de montrer à quel point il reste dangereux, le film le présente en train de subir des ordres et de vivre à l’écart. Cette attitude fait de lui un personnage qui suscite tour à tour compassion, méfiance et rejet, selon la personne qu’il a en face de lui et ce qu’il peut tirer de la situation.
La vie au club et dans la caravane
Son patron est Larry Gomez, interprété par Larry Bishop, d’après les crédits répertoriés par The Quentin Tarantino Archives. L’humiliation de Budd au club montre une relation de travail dans laquelle son ancien statut d’assassin ne lui confère aucune autorité. Il doit essuyer des reproches et accepter des tâches dégradantes. Le pouvoir dont il disposait dans un autre contexte ne le protège pas ici.
La scène est dérangeante, car Budd connaît des moyens violents auxquels il ne recourt pas dans ce lieu. Le fait qu’il encaisse les réprimandes donne une dimension concrète à sa passivité : il peut se laisser maltraiter sans réagir comme on pourrait s’y attendre au vu de son passé. Le film montre cette attitude sans lever le doute sur ce qui relève de l’épuisement, de la résignation ou de la simple volonté de poursuivre sa routine.
Dans l’entretien américain accordé à Buena Vista International et publié par Phase9 le 16 avril 2004, Madsen a interprété ce retrait comme un choix conscient de Budd : celui de s’éloigner de son ancienne vie. C’est la lecture que l’acteur fait du personnage, et elle est compatible avec une rupture inachevée.
La caravane rend tangible la réduction de son univers. Il y reçoit des visiteurs qui redonnent de l’importance à ce dont il semblait s’être détourné. Le contraste entre un logement modeste et la valeur extraordinaire accordée aux sabres traverse son épisode. Budd peut manquer de prestige dans le présent tout en conservant des objets et des connaissances décisifs pour les autres.
Bill, la culpabilité et le mensonge au sujet du sabre
La visite de Bill mêle l’inquiétude pour un frère aux obligations envers un ancien chef. L’avertissement au sujet de Beatrix replace Budd dans l’histoire commune du groupe. Même s’ils mènent des vies différentes, tous deux restent liés à ce qui s’est passé dans la chapelle. Leur conversation est empreinte d’une familiarité âpre : les reproches côtoient la possibilité de se rendre service.
Dans le dialogue entre Budd et Bill, Budd reconnaît que Beatrix a des raisons de se venger et qu’ils en sont responsables. Cet aveu lui permet de nommer ce que les autres tentent de combattre ou de gérer. Il rend aussi sa conduite ultérieure plus troublante : lorsqu’il la capture, il a déjà montré qu’il comprend l’origine de la menace. Il fait preuve de cruauté en sachant le mal qui lui a été infligé.
Dans le même entretien de 2004, Madsen a expliqué que comprendre Beatrix ne signifiait pas se laisser tuer : son personnage se défendrait tout en reconnaissant que la vengeance est justifiée. Cette interprétation distingue deux décisions que Budd maintient ensemble : assumer sa culpabilité et protéger sa propre vie.
La prétendue vente de le sabre de Budd introduit dans le récit un mensonge que les faits permettent de vérifier. Il affirme l’avoir mis en gage, mais l’arme est toujours en sa possession et réapparaît par la suite. Le fait qu’il la garde empêche d’interpréter cette déclaration comme un renoncement définitif à son passé. On peut y voir une manière de prendre ses distances avec Bill, même si le film ne donne pas d’explication complète de ses motivations.
La capture de Beatrix et l’affaire avec Elle
Quand Beatrix arrive à sa caravane, Budd prend les devants et la capture. Il reprend alors l’initiative qui semblait lui faire défaut au club. L’enterrement de Beatrix révèle jusqu’où il est prêt à pousser son avantage : il orchestre le châtiment et bénéficie de l’aide d’Ernie. L’efficacité de l’embuscade et la prolongation des souffrances montrent deux facettes de sa violence : la défense et la cruauté.
Avant l’enterrement, il négocie avec Elle Driver la vente du sabre pris à Beatrix. L’accord oriente son attention vers un bénéfice potentiel. Budd pense détenir quelque chose que Elle convoite et agit comme s’il pouvait fixer les conditions de l’échange. La scène donne à voir un regain de pouvoir apparent, fondé sur la maîtrise d’un objet et la défaite de son ancienne adversaire.
La vipère aspic dissimulée dans la valise d’Elle anéantit cette position : le serpent l’attaque et Budd meurt à cause du piège. Son ancienne partenaire se révèle être le danger qu’il n’avait pas prévu. Cette transaction prolonge les alliances instables du détachement, où partager un passé ne garantit ni protection ni loyauté.
Dans l’entretien de Buena Vista International repris par Phase9, Madsen a également évoqué le soin apporté à la caravane. Il se souvenait de tiroirs remplis d’objets et de détails qui n’apparaissaient jamais à l’écran. Pour l’acteur, y entrer donnait l’impression de pénétrer dans un lieu habité. Ce travail donnait une assise matérielle au quotidien de Budd.
Cette observation invite à considérer le décor comme une composante de l’interprétation. Pour qu’un personnage semble ancré dans ses habitudes, il lui faut un environnement qui donne corps à cette familiarité. La maison peut évoquer une routine, même lorsque la visite d’une autre personne bouleverse complètement ce qui s’y passe. L’intimité domestique donne ainsi une dimension particulière aux rencontres : chaque arrivée oblige à négocier la place qu’occupe le visiteur.
Chez Budd, ce logement concentre aussi les relations qui ont perduré après son retrait. Ses anciens liens reviennent jusqu’à la porte de la caravane et exigent des réponses. Son isolement géographique ne devient jamais une véritable indépendance vis-à-vis des autres.
