Kill Bill a été divisé en deux volumes pour préserver le développement d’un film qui avait pris de l’ampleur au cours de sa réalisation et en faire deux séances de cinéma ayant chacune leur propre identité. Harvey Weinstein a proposé cette séparation à Tarantino alors que le tournage était encore en cours. Le réalisateur a accepté et a travaillé sur les points où s’achèverait le premier volet et où commencerait le second.
La décision a eu des conséquences commerciales évidentes : une même production serait présentée au public à l’occasion de deux sorties. Elle posait également un problème de montage. Chaque volet devait offrir une expérience satisfaisante, même si la vengeance de Beatrix se poursuivait de l’un à l’autre. Les témoignages de l’époque associent cette division à la préservation des séquences, à l’intensité de l’histoire et à l’efficacité de la première fin.
Le Vol. 1 est sorti en 2003 et le Vol. 2 en 2004. Ce résultat s’est dessiné au fil du travail, alors que le montage de la deuxième partie restait à faire et que le premier volet pouvait déjà être montré. L’histoire de cette division explique comment un projet conçu comme un film a finalement trouvé sa forme de sortie en deux volets.
Un projet qui a pris de l’ampleur en cours de réalisation
La longueur de Kill Bill tient à la manière dont le film s’est développé. À son intrigue de vengeance se sont ajoutés de longs combats, des histoires de personnages et des changements de genre. La nécessité de préserver cet ensemble concernait des scènes entières et leur rythme propre : raccourcir chaque épisode aurait pu modifier l’effet recherché par Tarantino.
Dans l’entretien collectif publié par Mark Bayross sur Phase9 en octobre 2003, Uma Thurman a raconté que le combat de la Maison des feuilles bleues avait pris beaucoup plus d’ampleur que prévu dans le calendrier initial. Son témoignage décrit une production dont l’envergure augmentait au fil du tournage. La durée prévue d’une séquence ne reflétait plus nécessairement l’importance qu’elle prenait dans le film.
Tarantino a expliqué à Anthony C. Ferrante, dans Cinescape, que Kill Bill avait commencé comme un projet qu’il imaginait plus modeste et qu’il était devenu une œuvre bien plus longue. L’entretien, repris par The Quentin Tarantino Archives, permet de replacer la division dans le contexte de cette évolution. La forme définitive se décidait à partir des séquences tournées, l’histoire ayant dépassé les prévisions initiales.
La séparation permettait de conserver des séquences avec leur propre préparation, leur développement et leur résolution. C’est important dans un film où une rencontre peut changer plusieurs fois de ton. Une coupe visant uniquement à passer plus vite au nom suivant sur la liste aurait également affecté les pauses, les personnages secondaires et le temps pendant lequel le spectateur reste dans l’attente.
La proposition pendant le tournage et sa confirmation au montage
Dans cet entretien accordé à Phase9, Tarantino a situé la proposition de Weinstein au cours du dernier mois de tournage. Selon son récit, le producteur a dit qu’il ne voulait pas perdre de séquences et a suggéré de faire deux films. Le réalisateur a accueilli favorablement l’idée et a commencé à imaginer la répartition des débuts et des fins. Cette possibilité a donc été intégrée au travail avant que tout le processus de montage ne soit achevé.
Cette conversation s’inscrit dans la collaboration industrielle entre Tarantino et Miramax. L’accord du studio permettait de transformer l’ampleur nouvelle du projet en deux films distribués commercialement. Pour le réalisateur, cela offrait une solution concrète au problème de condensation. Pour Miramax, il s’agissait d’organiser la présentation au public d’une histoire dont le dénouement devrait attendre une sortie ultérieure.
Cinescape rapporte un autre épisode : Tarantino a montré la première moitié à Weinstein alors que la seconde n’était pas encore terminée. Le producteur a estimé que ce qu’il avait vu pouvait fonctionner comme un premier film et a salué sa fin. La proposition faite pendant le tournage et cette approbation lors du montage sont deux épisodes distincts d’un même processus. Gabriel Snyder a publié l’annonce dans Variety le 15 juillet 2003.
L’adaptation au format a également nécessité un travail spécifique. Dans son entretien accordé à Playboy en 2003, repris par The Quentin Tarantino Archives, Tarantino a expliqué que deux séquences d’ouverture avaient été tournées. La séparation obligeait à réfléchir à la manière dont le public entrerait dans chaque volet. L’un devait introduire l’histoire ; l’autre accueillir des spectateurs qui connaissaient déjà les personnages, les conflits et les enjeux.
Deux séances pour une histoire qui se poursuit
Dans son entretien avec Cinescape, Tarantino a insisté sur l’intensité de l’expérience : une accumulation d’action, d’humour et de changements émotionnels. Son explication aide à comprendre la pause entre les volumes. Le spectateur arrivait au terme d’un parcours éprouvant, avec des questions en suspens qui pouvaient l’accompagner jusqu’au volet suivant. La fin du Vol. 1 devait donner une impression d’aboutissement tout en entretenant l’envie de poursuivre.
Dans le questionnaire de Buena Vista International d’avril 2004, repris par Phase9, Tarantino a souligné que chaque volume devait offrir une séance satisfaisante. Cette exigence invite à évaluer la division en fonction de l’équilibre entre les deux parties. Conserver des scènes n’est utile que si chaque film peut leur donner une place, construire une progression et choisir le moment où il laisse le public.
Dans son questionnaire de Buena Vista International, repris par Phase9, Daryl Hannah a avancé une autre explication : l’écriture par épisodes offrait des points de séparation naturels. Selon elle, condenser toute l’histoire aurait entraîné la perte de personnages et d’intrigues. L’actrice défendait la préservation du développement de cet ensemble. Son observation met en lumière ce dont chaque personnage a besoin pour apparaître, intervenir et laisser une impression, au-delà du temps consacré aux combats.
La sortie en deux films ne transforme pas pour autant le récit en deux parties chronologiques qui se suivent. Les souvenirs continuent de réorganiser ce que l’on sait des personnages. La chronologie de Kill Bill aide à situer ces épisodes, tandis que l’ordre des volumes détermine le moment où ils sont révélés. Le spectateur garde le premier volet en mémoire et revoit une partie de son interprétation à la lumière des nouvelles informations du second.
David Carradine a décrit une conséquence concrète de ce nouveau format dans son entretien avec K. J. Doughton pour Nitrate Online. Il se souvenait qu’un gros plan de Bill à la fin du premier volet avait été envisagé, mais que Tarantino l’avait supprimé afin de réserver sa présentation au second. La division influait donc sur le moment où le personnage éponyme prenait pleinement sa place aux yeux du spectateur.
Cette décision montre tout le travail que peut dissimuler une pause entre deux films. Pendant l’attente, Bill reste une figure que l’on découvre en grande partie à travers sa voix et ce que les autres personnages savent de lui. Lorsque le second volet permet de mieux le connaître, le public garde cette image préalable à l’esprit. Carradine dispose alors de l’espace nécessaire pour développer une personnalité qui doit faire écho à la menace déjà établie. Cette nouvelle structure fait de la présentation de l’antagoniste une attente prolongée et donne à son apparition la responsabilité de répondre à une histoire que le spectateur a commencé à imaginer.
