Fabienne, interprétée par Maria de Medeiros dans Pulp Fiction, est la compagne de Butch Coolidge et participe aux préparatifs de leur départ. Elle a rassemblé ses affaires, attend des nouvelles du combat et demande ce qu’ils feront ensuite. Leurs conversations font place au repos, à la nourriture et à l’intimité, tandis que la fuite reste à organiser.
Son ton affectueux peut suggérer une certaine naïveté, mais la décrire comme une enfant ne suffit pas à comprendre ses interventions. C’est une femme adulte qui exprime ses désirs, reconnaît le danger et demande des explications quand elle n’en a pas. Son incertitude quant aux projets de Butch coexiste avec des remarques assez précises sur les menaces qui les entourent.
Le film montre aussi sa vulnérabilité face à la violence. Elle craint qu’on retrouve Butch et prend peur lorsqu’il décharge sa colère sur elle. Ces réactions sont liées à des situations concrètes. Pour comprendre le personnage, il importe de voir qui elle écoute, quelles informations elle reçoit et comment son comportement change lorsque les réponses ne parviennent plus à la rassurer.
Ses désirs et sa façon de les exprimer
Dans Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994), Fabienne aborde des sujets qui répondent à ses propres intérêts. Elle demande de la tendresse, parle de son corps et explique ce qu’elle aimerait manger. L’attention qu’elle porte à ces choses prolonge les moments qu’elle partage avec Butch. Bien que sa présence à l’écran se limite essentiellement au motel, ses interventions révèlent des préférences bien à elle.
Lorsqu’elle imagine avoir un ventre bien rond, elle décrit une apparence qui lui plaît. Butch lui demande si cela plairait aux hommes, mais elle maintient son point de vue sans faire dépendre son désir de leur approbation. La conversation mêle fantasme corporel, délicatesse et goût personnel. Elle évoque une préférence ; elle n’annonce pas une grossesse.
Elle exprime aussi franchement ses désirs sexuels. Dans la relation entre Butch et Fabienne, elle prend l’initiative de demander de l’affection et du plaisir. Cette disposition permet de replacer ses plaisanteries et sa voix douce dans le cadre d’une intimité adulte. Elle peut se montrer affectueuse tout en indiquant ce qu’elle attend de leur rencontre.
Le petit-déjeuner lui donne une autre occasion de montrer qu’elle sait ce qu’elle veut. Avant de sortir, elle précise ce qu’elle aimerait commander, et s’intéresse tout particulièrement aux pancakes. Le repas est un projet immédiat qu’elle peut encore organiser à son goût. Pendant quelques minutes, elle se concentre sur une activité agréable, que le départ précipité va finalement l’empêcher de partager avec Butch ce matin-là.
Ce qu’elle sait du danger et les questions qu’elle pose
Fabienne explique qu’elle n’écoute pas les combats de Butch à la radio. Lorsqu’il arrive, elle lui demande s’il a gagné et s’il compte toujours prendre sa retraite. Elle s’intéresse au résultat et à ce qu’il change pour eux deux. Ne pas savoir ce qui s’est passé sur le ring ne l’empêche pas de comprendre qu’il y a un plan et que son exécution peut encore échouer.
Le soir même, elle demande s’ils pourraient être tués si on les retrouvait. Butch confirme le danger. Fabienne veut ensuite savoir s’il souhaite toujours qu’elle parte avec lui et lui demande de le dire clairement. Elle cherche à savoir quelle place elle occupe dans la fuite, en plus d’obtenir une garantie de sécurité. Son insistance naît d’une incertitude que de simples gestes de sa part ne dissipent pas.
L’oubli de la montre met ensuite en évidence deux niveaux d’information différents. Butch lui avait demandé de la récupérer, mais reconnaît ne pas lui avoir expliqué à quel point elle comptait pour lui. Dans la dispute au motel, les hésitations de Fabienne montrent qu’elle essaie de se rappeler ce qu’elle a rangé.
Lorsque Butch Coolidge jette le téléviseur et l’insulte, elle crie et recule dans un coin. Sa peur est directement provoquée par le comportement de Butch. Ses excuses permettent à la conversation de reprendre, mais l’image a déjà montré qu’elle peut aussi se sentir menacée aux côtés de la personne avec qui elle espère s’enfuir.
Avant que Butch ne reparte chercher la montre, Fabienne l’avertit que les gangsters peuvent l’attendre à l’appartement. Elle identifie correctement le risque que représente le retour dans un lieu connu de ses poursuivants. Sa remarque oblige Butch à expliquer comment il compte faire face à cette éventualité. Elle participe à l’évaluation du plan, même si la décision finale de partir lui appartient.
L’attente et le retour de Butch
Pendant la partie la plus violente de l’épisode de la montre en or, Fabienne reste en dehors des scènes que suit le spectateur. Elle n’assiste ni à la rencontre avec Vincent ni à ce qui se passe au magasin de prêt sur gages. Lorsqu’elle réapparaît, elle en sait moins que le public. Ses questions s’expliquent par cette différence précise.
En voyant Butch revenir, elle remarque qu’il est blessé et lui demande s’il est en danger. Elle veut aussi savoir ce qui est arrivé à sa Honda et d’où vient la moto. Ce sont des changements qui appellent une explication : il est parti avec un véhicule et revient avec un autre, après avoir mis plus de temps qu’elle ne le pensait.
Butch la presse de partir tandis que Fabienne essaie toujours de comprendre la situation. Lorsqu’elle se met à pleurer, elle explique que son retard lui a fait imaginer qu’il lui était arrivé quelque chose de grave. La scène relie sa réaction à l’attente et à l’inquiétude. Butch adoucit son ton et s’approche pour la rassurer avant de poursuivre.
Sa question au sujet de sa voiture rappelle que la fuite a aussi des conséquences sur ses affaires et ses projets. Elle a aidé à rassembler les bagages et doit maintenant les abandonner dans l’urgence. Fabienne doit s’adapter aux changements que Butch lui annonce au fur et à mesure ; elle est déconcertée quand les décisions sont déjà prises et qu’il ne reste presque plus de temps pour en connaître les raisons.
Elle finit par monter sur la moto, tout en continuant à poser des questions sur son origine. Cette curiosité persiste jusqu’à leur départ. Le film clôt sa participation au moment où elle s’en va avec Butch, sans montrer où elle s’installe ni quelle sera sa vie par la suite. Sa volonté de l’accompagner demeure, tout comme les doutes qu’elle a exprimés au fil du récit.
La conversation sur la destination de leur fuite révèle une autre facette de Fabienne. Tandis que Butch propose plusieurs lieux, elle demande si Bora Bora est envisageable et, lorsqu’il évoque le Mexique, précise qu’elle ne parle pas espagnol. Cet échange transforme la promesse de partir en questions de vie quotidienne : où habiter et comment s’y débrouiller.
Butch n’a pas encore choisi de destination et parle de l’argent qu’il espère obtenir. Fabienne envisage ces options du point de vue de celle qui devrait déménager avec lui. Son objection à propos de la langue introduit une difficulté pratique dans une conversation optimiste. Elle peut imaginer un lieu attrayant tout en remarquant ce qui compliquerait leur séjour.
La scène lui laisse également le temps de réagir pendant qu’elle se brosse les dents. Ce geste du quotidien maintient la conversation dans un registre ordinaire, alors même qu’ils décident de la manière de quitter leur ancienne vie. Les possibilités évoquées restent des projets : leur départ du motel ne confirme pas qu’ils arriveront dans l’un ou l’autre de ces endroits.
