Jack Rabbit Slim's est le restaurant fictif de Pulp Fiction où Mia Wallace emmène Vincent Vega dîner. Son décor transforme une sortie nocturne en visite d'un spectacle permanent : les carrosseries font office de banquettes, les employés imitent des figures du cinéma et de la musique, et des affiches occupent les murs en grand format. La référence générale est celle des années 1950, reconstituées sous la forme d'une collection d'images populaires que les clients peuvent reconnaître tout en mangeant.
David Wasco et Sandy Reynolds-Wasco ont conçu cet espace en mêlant architecture de Los Angeles, références cinématographiques et objets associés à l'automobile. Le décor a été construit pour le tournage ; la façade et la salle à manger ne correspondaient pas à un restaurant exploité sous ce nom. Son réalisme repose sur les détails du service : il y a un accueil, des réservations, des serveurs, des tables et des spectacles qui organisent l'expérience des visiteurs. Tous participent à la même fiction commerciale. La personnalité du lieu se révèle dans la façon dont une voiture se transforme en siège ou une célébrité en personne chargée de prendre la commande.
L'entrée dans Jack Rabbit Slim's permet de parcourir le décor avant que le film ne se concentre sur la table de Mia et Vincent. La caméra accompagne Vincent dans sa progression, s'attarde sur le circuit de voitures miniatures et laisse apparaître des employés et des artistes. Le restaurant se dévoile au fil d'un parcours : les détails remplissent le cadre comme autant d'attractions successives.
Voitures, architecture et affiches de cinéma
Dans un entretien publié par Flavorwire le 21 août 2009, les Wasco ont expliqué les références qui ont inspiré le décor. Tarantino leur a suggéré Speedway, avec Elvis Presley, pour les banquettes fabriquées à partir de voitures découpées, et Red Line 7000 pour le circuit de voitures miniatures d'un autre club. Il leur a également demandé d'agrandir des affiches d'American International Pictures pour les murs. Ces sources fournissent des éléments reconnaissables : des sièges, des divertissements et une décoration graphique. Les clins d'œil au cinéma remplissent une fonction concrète dans le restaurant.
Dans The Believer, le 1er mars 2008, Sandy Reynolds-Wasco a décrit l'ensemble comme une interprétation amplifiée de l'architecture googie de Los Angeles. Elle a également évoqué l'influence des bâtiments d'Albert Frey. Dans l'entretien avec Flavorwire, l'équipe a cité John Lautner et les constructions commerciales conçues pour attirer le regard depuis la route. Le restaurant reprend cette volonté de capter l'attention et la prolonge à l'intérieur, où les voitures deviennent du mobilier.
L'entretien avec Flavorwire cite également Tiny Naylor's comme référence pour le grand élément suspendu au-dessus de la piste. Les voitures entourent cette zone centrale et donnent à chaque table une silhouette particulière. S'asseoir dans une carrosserie permet aux clients de rester au cœur du spectacle, même lorsqu'ils mangent. Quant aux affiches agrandies, elles restent présentes à l'arrière-plan : le cinéma occupe une place plus imposante que celle d'une simple photo accrochée près d'une table.
Dans son entretien avec Thea Glassman pour The Messenger en 2023, Reynolds-Wasco a ajouté que l'équipe avait pensé aux couvertures des magazines pulp pour choisir les couleurs. L'article met en avant l'éclairage bleu et les tables vert menthe : une combinaison qui donne à la salle à manger une palette reconnaissable, aux côtés de ses références architecturales et cinématographiques.
Un service assuré par des sosies
Dans l'épisode de Vincent et Mia, un employé grimé en Ed Sullivan les accueille et les installe ; un autre, vêtu comme Buddy Holly, s'occupe de leur table. Ricky Nelson est représenté sur scène. Parmi le personnel, on reconnaît aussi Marilyn Monroe, Mamie Van Doren, James Dean, Dean Martin et Jerry Lewis. La liste finale de continuité de Pulp Fiction, datée du 25 juillet 1994, identifie ces personnages au fil de la visite et du service.
Chaque référence a son rôle. Ed Sullivan conserve sa fonction de présentateur, même au sein de l'établissement : il peut accueillir le public et annoncer un spectacle. Buddy Holly devient serveur, tandis que d'autres figures circulent parmi les clients. Cette distribution permet de passer d'une tâche ordinaire à une représentation sans quitter le décor. Les clients ont affaire à des images de célébrités qui apportent les plats, prennent les commandes ou tiennent un micro.
L'effet repose sur la capacité des clients à reconnaître les déguisements. Marilyn Monroe et Mamie Van Doren sont deux personnages distincts ; le film joue sur leur ressemblance le temps d'un bref échange. Cette reconnaissance fait partie du divertissement proposé par le restaurant, tout comme le fait de repérer une figure connue à l'arrière-plan. Lors du dîner de Mia et Vincent, le service peut interrompre la conversation, puis s'éclipser, laissant le couple dans sa banquette. Le lieu reste animé autour d'eux sans exiger qu'ils y participent en permanence.
Un décor qui ressemble à un vrai restaurant
L'article de Thea Glassman pour The Messenger, repris par Innovative Artists le 6 septembre 2023, raconte comment les Wasco ont construit le lieu : la façade a été aménagée dans un bowling désaffecté et l'intérieur a été tourné dans un décor installé dans un entrepôt. Le montage relie ces deux espaces par l'arrivée et l'entrée des personnages. La continuité de l'établissement appartient au film, même si ses différentes parties ont été réalisées séparément.
Cette nostalgie se prête aussi à une lecture satirique. Dans son compte rendu sur place, publié dans PJ Media le 4 mai 2008, Bridget Johnson rapporte que Tarantino a expliqué lors d'une discussion à l'Académie que Jack Rabbit Slim's se moquait des restaurants à thème comme Planet Hollywood. L'accumulation de sosies, de véhicules et de références pousse cette offre de divertissement à l'exagération. Chaque élément promet au client autre chose qu'un simple repas et fait de la reconnaissance culturelle une composante du service.
Il est essentiel de distinguer le décor du lieu de tournage pour situer le restaurant en dehors du récit. Une adresse utilisée pour la façade ne correspond pas forcément à la salle à manger où la scène a été tournée. De même, un établissement ouvert par la suite sous un nom similaire ne devient pas pour autant le restaurant de Pulp Fiction. Le film crée un espace unifié et convaincant à partir d'une entrée, d'un accueil et d'une salle pleine d'activité : il donne au public toutes les informations nécessaires pour comprendre comment ce lieu fonctionne.
Le générique de Pulp Fiction permet de mettre un nom sur les personnes qui donnent vie aux personnages du service. Steve Buscemi joue le serveur vêtu comme Buddy Holly ; Jerome Patrick Hoban incarne Ed Sullivan ; Gary Shorelle joue Ricky Nelson. Les deux blondes que l'on distingue dans la conversation sont Susan Griffiths dans le rôle de Marilyn Monroe et Lorelei Leslie dans celui de Mamie Van Doren. Eric Clark apparaît en James Dean. Ce sont des membres de la distribution qui incarnent des employés ou des artistes du restaurant en empruntant l'image d'une autre personne.
Cette double fonction détermine leur rôle à l'écran. Hoban accueille les nouveaux arrivants et présente les divertissements ; Buscemi prend une commande ; Shorelle occupe la scène. Les gestes professionnels contribuent à intégrer les déguisements au fonctionnement de l'établissement. Les personnages ne se contentent pas de poser près d'un mur : ils interagissent avec les protagonistes, rythment leurs déplacements et entretiennent l'ambiance de la salle à manger pendant que l'attention principale se déplace vers la table.
