La tenue de Mia Wallace dans <i>Pulp Fiction</i> se reconnaît à sa chemise blanche, son pantalon noir raccourci et ses chaussures dorées qu’elle porte au restaurant. Betsy Heimann a conçu cet ensemble pour Uma Thurman et l’a fait évoluer au fil de l’action : Mia enlève ses chaussures pour danser, enfile un manteau en rentrant chez elle et termine la nuit avec des vêtements bouleversés par l’urgence de la situation.
La chemise est portée par-dessus le pantalon, souligne la taille et laisse le col ouvert. Cette coupe offre à Thurman une grande liberté de mouvement au niveau des épaules et des bras. Le bas du pantalon, relevé au-dessus de la cheville, laisse voir les pieds dès que la caméra élargit le cadre. Les proportions jouent un rôle dans la danse, où la silhouette apparaît en pied.
Les manteaux donnent une autre dimension à la tenue. La pièce ample que Mia porte chez elle vient de la garde-robe de Vincent ; en la portant, elle change de tombé et de rapport au corps de l’actrice.
Une chemise conçue pour le rôle et un pantalon raccourci
La chemise blanche a été confectionnée pour le film. Betsy Heimann l’a expliqué à Cheryl Wischhover dans <i>Fashionista</i>, le 6 août 2014 : bien que différentes marques en aient revendiqué la création, c’est son équipe qui l’avait confectionnée. Le vêtement a été conçu pour la silhouette de Thurman, avec une taille cintrée, un col ample et de larges poignets.
Sa longueur a des effets visibles. La chemise tombe par-dessus le pantalon et ses pans s’écartent lorsque Mia bouge les jambes. La taille cintrée empêche le buste de se perdre dans un vêtement ample ; les manches gardent de l’aisance et accompagnent les gestes des bras. Le col ouvert dévoile une zone de peau entre le visage, les cheveux sombres et la surface blanche du tissu.
Heimann a également raconté à <i>Fashionista</i> comment elle avait choisi la longueur du pantalon. Celui qu’elle avait trouvé allait bien à Thurman, mais était trop court pour sa taille. Elle a décidé de le raccourcir encore davantage. La longueur insuffisante est ainsi devenue un ourlet volontairement relevé, plutôt que quelque chose à dissimuler.
À l’écran, on distingue une ligne ajustée en haut et une légère ouverture vers le bas. Le pantalon dévoile la cheville et sépare nettement le tissu noir du pied. Pendant le concours, les changements d’appui et les mouvements des genoux se lisent sur ce contour. Le résultat tient autant à l’endroit où le vêtement s’arrête qu’à sa couleur : la coupe crée une rupture visible dans la silhouette.
Des chaussures dorées et deux manteaux
La coupe raccourcie met les chaussures en valeur. Dans son entretien avec Emma Hope Allwood pour <i>Dazed</i>, publié pour la première fois en 2015, Heimann a expliqué qu’elle avait emprunté une paire de ballerines dorées Chanel. Elle voulait que ce détail évoque l’aisance financière liée au statut de Mia, épouse de Marsellus. L’éclat des chaussures introduit une différence de texture dans la tenue.
Avant le concours, Mia porte ces chaussures sur la piste ; ensuite, elle les enlève pour danser. Le choix de Mia Wallacea donc un effet immédiat sur son apparence. Elle garde les vêtements qu’elle portait pour dîner, mais change la manière dont elle se présente au public et prend appui sur ses pieds. Ses vêtements accompagnent une décision du personnage prise au cours de la scène.
Il convient de distinguer deux manteaux. <i>Fashionista</i> identifie une pièce en velours d’Agnès b. que Mia porte brièvement. Le manteau ample qu’elle porte en rentrant du dîner appartient à Vincent.
Dans son entretien avec Lauren Sanchez pour <i>Vogue</i>, paru en octobre 2019, Heimann a décrit ce dernier comme un imperméable pour homme des années 1950, loué chez Palace Costumes, à Los Angeles. Elle avait imaginé Mia danser, le tissu flottant derrière elle.
Sur le corps de Thurman, le manteau forme une couche ample par-dessus la tenue de soirée. La chemise ne domine plus le buste, même si son col blanc reste visible. La largeur des manches et le tombé du vêtement accentuent l’amplitude des mouvements des bras. Cette différence de volume est visible lorsque Mia écoute de la musique chez elle.
La silhouette du personnage et son influence par la suite
Heimann a expliqué dans <i>Dazed</i> qu’elle avait imaginé Mia comme une version féminine des criminels de <i>Reservoir Dogs</i>. Cette idée permet de rapprocher sa tenue du contraste entre chemise claire et vêtements sombres portés par les hommes. Le costume comme marqueur de l’identité du personnagese construit ici par une variation : Mia conserve cette association de couleurs, adaptée à une silhouette à la taille marquée, au col ouvert et aux ourlets courts.
La tenue reste reconnaissable lorsque l’image se réduit à une silhouette ou à une posture de danse. La surface blanche dessine les bras levés, tandis que le pantalon sombre détache les jambes sur la piste éclairée. Le contour des cheveux complète la partie supérieure. Ce sont des traits précis qui se reconnaissent ensemble, sans qu’il soit nécessaire de reproduire chaque détail du décor ou chaque mouvement de la scène.
Dans cet entretien, Heimann a elle-même associé le retour ultérieur du pantalon raccourci au modèle de Mia. Elle se souvenait avoir créé une tenue éloignée de la mode courante au moment du tournage. Cette appréciation est celle de la créatrice : elle décrit la manière dont, des années plus tard, elle interprétait la réception de son travail.
Les articles de presse consacrés à la mode donnent une autre mesure de la longévité de cette tenue. <i>Fashionista</i> est revenu sur les vêtements en 2014, <i>Vogue</i> les a réexaminés en 2019 et <i>Dazed</i> a republié en 2024 son entretien de 2015. Ces publications continuent d’interroger la créatrice sur la chemise, les ourlets et les chaussures. L’attention se porte sur des choix de confection et de coupe qui permettent d’identifier Mia avec peu de vêtements.
Sous sa chemise, Mia porte un haut ajusté à imprimé foulard. Heimann a expliqué dans <i>Fashionista</i> qu’elle avait choisi ce vêtement pour que Mia reste davantage couverte lorsque sa chemise s’ouvrirait pendant la scène de l’overdose.
L’image montre des motifs clairs sur un fond sombre, avec des formes courbes et de petits éléments répétés. La surface est bien plus chargée que celle de la chemise unie. Dans la tenue extérieure, cette couche reste au second plan ; lorsqu’elle apparaît, elle ajoute un motif qui modifie la répartition des zones claires et sombres.
Le blanc de la chemise laisse voir les taches autour de l’encolure, tandis que l’imprimé reste reconnaissable en dessous. Les vêtements gardent ces marques lorsque l’attention revient au visage de Mia. Le contraste entre un vêtement uni et un autre à motifs permet de distinguer les différentes couches de la tenue, même lorsqu’elles sont déjà en désordre. Ce détail appartient à la mise en scène de l’urgence et résulte d’un choix de costume prévu pour ce moment.
