Le Hollywood de Rick continue de produire des westerns télévisés tandis que d’autres films font évoluer les attentes du public. La coexistence de ces formes est plus révélatrice que l’idée d’une industrie qui se transforme du jour au lendemain.
La transformation ne se produit pas au même moment pour tout le monde
L’action de Once Upon a Time... in Hollywood se déroule à un moment où plusieurs modèles coexistent. Les tournages télévisés se poursuivent, les studios conservent leurs installations et les vedettes connues continuent de chercher du travail. Dans le même temps, le prestige de nouveaux cinéastes et de nouveaux films rend une carrière comme celle de Rick Dalton moins sûre. Le changement est d’abord ressenti comme une menace personnelle, plutôt que comme un chapitre bien délimité de l’histoire du cinéma.
Rick ne mène pas d’enquête sur les goûts du public. Il interprète les offres qu’il reçoit et tente de deviner ce qu’elles disent de lui. Avoir tenu le premier rôle dans une série ne lui garantit plus d’en obtenir un autre dans les mêmes conditions. Lorsqu’il apparaît en vedette invitée dans le rôle d’un méchant, il continue de travailler, mais a le sentiment que son nom contribue à asseoir le prestige d’acteurs plus jeunes. Sa crise vient de cet écart entre avoir un emploi et occuper le devant de la scène.
Le film donne à voir une industrie stratifiée. La télévision, le cinéma américain et la production européenne offrent des possibilités qui jouissent de réputations différentes. Rick établit entre elles une hiérarchie qui influence ses décisions. Le spectateur peut constater qu’une option méprisée par le personnage est peut-être une voie raisonnable pour poursuivre sa carrière. Sa résistance fait partie de l’histoire ; elle ne constitue pas une évaluation objective de toutes ces cinématographies.
L’expression « Nouvel Hollywood » permet de situer les transformations de la fin des années 1960 et des années 1970, mais elle ne désigne pas un mouvement unique aux critères uniformes. Les changements de thèmes, de styles et de protagonistes coexistent avec des entreprises et des pratiques plus anciennes. Le film concentre cette transition dans un quartier et plusieurs lieux de travail, sans prétendre que chaque personne incarne à elle seule un mouvement artistique.
Polanski, voisin et horizon de prestige
Pour Rick, avoir Roman Polanski pour voisin revient à vivre près d’une occasion à saisir. La proximité physique d’un réalisateur admiré ne crée pas automatiquement de relation professionnelle. On peut se trouver à quelques pas d’une maison et se sentir à une distance immense de ses habitants. La configuration du quartier rend très concrète l’expérience spatiale d’un écart de prestige.
Le contexte de Polanski après Rosemary’s Babyaide à comprendre pourquoi Rick accorde tant d’importance à cette rencontre éventuelle. Il s’agit d’un cinéaste associé à un succès récent qui élargit les possibilités du cinéma commercial. Rick n’a pas besoin d’élaborer une théorie esthétique pour comprendre sa position. Il lui suffit d’imaginer qu’une rencontre pourrait changer la manière dont les autres le considèrent.
Le récit ne démontre toutefois pas que le travail de Rick à la télévision soit sans valeur. Pendant le tournage de Lancer, il peut livrer une interprétation qui émeut les personnes présentes. Le format qu’il craint d’avoir dépassé offre encore des possibilités de concentration, de collaboration et de reconnaissance. Le problème du personnage est qu’il confond parfois sa place dans la hiérarchie et sa capacité à réussir une scène.
La jeune fille avec laquelle il travaille introduit une autre complication. Sa jeunesse ne se traduit ni par du mépris pour le métier ni par un enthousiasme abstrait pour une rupture générationnelle. Elle parle de discipline et prend la préparation au sérieux. Le film évite ainsi de ranger tous les jeunes parmi les rebelles et tous les plus âgés parmi les professionnels. Le rapport au travail traverse ces catégories.
Esthétique jeune, contre-culture et peur d’être remplacé
Rick réagit avec malaise à des changements d’apparence qui pourraient élargir son registre. Les cheveux, les vêtements et l’image de dureté participent à une négociation sur la façon dont il doit être perçu. Sa résistance montre qu’une vedette ne vend pas uniquement ses talents d’interprète : elle préserve aussi une image reconnaissable, qui peut finir par la limiter. La modifier revient à risquer l’identité qui lui a valu le succès.
La présence de jeunes dans les rues et au ranch ajoute un sentiment de transformation sociale, mais il ne faudrait pas assimiler toute la contre-culture à la violence du groupe de Manson. Une telle équivalence effacerait les différences historiques et réduirait une époque diverse au rôle de ses criminels. Dans le film, la perception hostile de certains personnages ne doit pas non plus être confondue avec une description sociologique complète.
Le changement dans le cinéma touche également ceux qui n’apparaissent pas sur les affiches. Cliff dépend de la carrière de Rick et des décisions d’autres responsables du tournage. Si son acteur perd du terrain, sa propre continuité professionnelle s’en trouve fragilisée. La transition se transmet par une chaîne d’emplois : l’évolution de l’image des vedettes modifie le travail de ceux qui contribuent à la façonner.
La nostalgie du film redonne toute sa durée à des pratiques qu’un récit résumé pourrait juger révolues : conduire d’un studio à l’autre, regarder une émission, s’arrêter devant une affiche ou répéter une réplique. Ces activités ne sont pas seulement des signes du passé. Elles permettent de comprendre ce que les personnages perdraient si leur monde professionnel disparaissait, même si certaines de ses règles étaient injustes ou contraignantes.
1969 constitue ainsi une situation ouverte pour ceux qui la vivent. Rick ignore quelle sera la suite de sa carrière et évalue l’avenir depuis un présent rempli de signes contradictoires. Le film fait coexister renouveau et continuité, admiration et peur. Son portrait du changement est plus juste lorsqu’on s’attarde sur cette incertitude que lorsqu’on transforme chaque voiture ancienne ou chaque chevelure longue en symbole automatique d’une époque qui s’achève.
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