Paula Schultz : que signifie le nom de la tombe dans Kill Bill ?

Paula Schultz est le nom de la tombe dans laquelle Beatrix est enterrée vivante. Le film reprend cette identité qui n’est pas la sienne pour en faire le titre d’un chapitre, mais ne raconte pas la biographie de la femme enterrée là.

Une tombe portant un nom pour dissimuler une mort

Le nom de Paula Schultz a d’abord une fonction narrative très concrète : il désigne un lieu. Budd peut parler de cette tombe et les autres personnages peuvent la retrouver grâce à la pierre tombale. Beatrix est enfermée dans une sépulture dont l’identité publique appartient à quelqu’un d’autre. L’inscription reste visible tandis que le corps vivant qu’ils viennent d’y dissimuler ne peut pas être vu.

Cette dissociation entre le nom et la personne qui occupe la tombe accentue l’idée de disparition. Une tombe sert habituellement à identifier la personne décédée ; ici, elle permet de cacher quelqu’un sans reconnaître sa présence. La protagoniste n’a même pas de lieu à elle dans la mort que ses ennemis lui réservent. Ce nom qui n’est pas le sien renforce le caractère clandestin du châtiment et creuse l’écart entre ce que dit la surface et ce qui se passe dessous.

Le titre du chapitre confère à Paula une importance que sa présence physique n’a pas. Elle ne devient pas une nouvelle protagoniste et n’a pas droit à une histoire développée. Son nom encadre l’expérience de Beatrix. Ce choix crée un effet d’étrangeté intéressant : le récit s’attarde sur une identité secondaire au moment même où la vie de l’héroïne semble toucher à sa fin.

La référence cinématographique et ses limites

Il existe un film de 1968 intitulé The Wicked Dreams of Paula Schultz, réalisé par George Marshall. La coïncidence du nom est signalée dans les répertoires de références de Kill Bill. Il s’agit d’une association cinéphile, distincte d’un lien familial entre les personnages. Reconnaître un nom emprunté à une autre œuvre ou qui y fait écho n’oblige pas à considérer cette œuvre comme un antécédent littéral de l’intrigue.

Le remplacement d’une référence aux rêves par celui d’une tombe solitaire modifie aussi le ton. Le nom peut être perçu comme un élément emprunté à la mémoire du cinéma et réutilisé dans un contexte beaucoup plus sombre. Cette interprétation explique le clin d’œil sans inventer une vie à Paula. L’article sur l’enterrement de Beatrixdécrit les aspects physiques et dramatiques de la séquence, qui n’importent ici que par leur lien avec l’inscription.

L’objet comporte donc deux niveaux de lecture : c’est une pierre tombale dans l’histoire et un nom susceptible d’évoquer une association extérieure à celle-ci. Confondre ces deux niveaux conduirait à chercher une explication biographique là où le film propose avant tout un lieu et un jeu de références.

Pourquoi on ne peut pas affirmer qu’elle était l’épouse de King Schultz

Le nom de famille commun avec King Schultz, le personnage de Django Unchained, a donné lieu à une théorie populaire. Cependant, Kill Bill ne présente pas Paula comme son épouse et cette coïncidence de noms ne suffit pas à le prouver. Il ne faut pas décrire cette relation comme un fait confirmé par les deux films.

Pour établir une telle relation, il faudrait des preuves supplémentaires : une déclaration dont l’origine peut être vérifiée, une référence explicite dans le récit ou des documents de production établissant un lien entre les identités. La possibilité de faire concorder des dates ou d’imaginer une histoire intermédiaire ne constitue pas une confirmation. Le fait que Tarantino établisse des liens entre des personnages dans d’autres films ne suffit pas non plus.

La théorie sur King et Paula Schultzmérite un article à part, car elle suppose de comparer les œuvres et d’évaluer les arguments. Ici, la réponse peut être plus limitée : la pierre tombale ne prouve pas ce lien de parenté. Les lecteurs qui arrivent depuis le guide de Django Unchaineddoivent distinguer le nom de famille qu’ils reconnaissent des informations réellement fournies par Kill Bill.

L’absence de biographie détaillée n’empêche pas d’analyser l’effet du nom. Paula Schultz rend le lieu de l’enfermement mémorable, permet d’en parler à distance et ajoute une identité étrangère à la menace de disparition. Ces fonctions sont présentes dans la séquence, même si l’on écarte tout lien familial avec un autre film.

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