Elle est vivante lorsque Beatrix quitte la caravane, mais le film ne montre pas ce qui se passe ensuite. Son sort définitif reste en suspens.
Ce que montre la dernière scène
À la fin de son combat contre Beatrix, Elle Driver perd le seul œil qui lui restait et hurle dans la caravane. La protagoniste s’en va, et le récit cesse de suivre son adversaire. Le fait immédiat, c’est qu’Elle est vivante à cet instant. Le film ne montre aucun plan ultérieur confirmant sa mort, ni aucune scène où l’on verrait comment elle parvient à sortir.
Cette différence de temporalité répond à une grande partie de la question. Dire qu’elle survit jusqu’au dernier instant montré ne revient pas à affirmer qu’elle survivra à tout ce qui pourrait arriver hors champ. De même, se trouver dans une situation dangereuse ne confirme pas qu’elle est morte. Le récit s’interrompt avant de trancher.
La caravane abrite également le mamba noir qu’Elle avait utilisé contre Budd. Sa présence constitue une menace bien réelle dans cet espace. Cependant, le montage ne montre pas le serpent attaquant Elle après le départ de Beatrix. Affirmer qu’il la tue reviendrait à compléter par une scène imaginée une suite d’événements que le film interrompt.
Le combat entre Beatrix et Elle Driverexplique comment elle se retrouve dans cette situation. Il n’est pas nécessaire de reconstituer chaque coup pour répondre à la question de son sort. Ce qui compte, c’est la façon dont le film laisse le personnage : vaincue, blessée et toujours en mouvement, dans un endroit qui reste dangereux.
Ce que signifie le point d’interrogation au générique
Dans une partie du générique de fin, la présentation des noms joue avec le sort des personnages. Le nom de Daryl Hannah est accompagné d’un point d’interrogation. Ce procédé renforce l’absence de conclusion déjà laissée par la scène. Il ne donne pas de réponse cachée en faveur de la vie ou de la mort : il rend visible le fait que le récit n’a pas tranché.
Ce point d’interrogation fait partie du dispositif graphique du film, ce n’est pas un rapport interne au groupe d’assassins. Il ne faut donc pas le lire comme si Bill ou Beatrix avait enquêté par la suite sur l’issue. Il s’adresse au spectateur, qui vient de voir une histoire où le sort des adversaires est confirmé à des degrés divers.
La différence avec d’autres dénouements est importante. Lorsqu’un film veut confirmer une mort, il peut montrer le fait lui-même, ses conséquences ou une confirmation ultérieure. Dans le cas d’Elle, le film laisse une issue incomplète. Ce choix permet au personnage de continuer à susciter l’inquiétude sans qu’il soit nécessaire d’ajouter une scène.
Il serait également erroné de transformer ce point d’interrogation en annonce contractuelle d’une suite. Laisser une possibilité ouverte n’oblige pas à la développer. Une histoire peut conserver des zones d’ombre pour leur effet dramatique, pour son ton ou simplement parce que la protagoniste poursuit son chemin ailleurs. L’avenir d’une production doit être vérifié en dehors de ce carton.
L’ambiguïté fonctionne même sans imaginer un autre film. Beatrix a remporté le combat et peut poursuivre sa route ; le spectateur ne reçoit pas un bilan entièrement définitif du sort de chacun de ses adversaires. La scène distingue le fait de sortir victorieuse d’un combat de celui de contrôler tout ce qui se passera après l’avoir quitté.
Interprétations possibles et limites de la réponse
Une interprétation s’intéresse au lien entre la perte de son œil et l’histoire antérieure d’Elle Driver. Sa blessure finale répète et aggrave une marque qui faisait déjà partie de son identité visuelle. On peut y voir un retour de la violence, mais cette fonction symbolique ne détermine pas ce qu’il advient ensuite de son corps.
Une autre interprétation se concentre sur l’espace laissé par Budd. La caravane est passée entre plusieurs mains et a été le théâtre de pièges qui se retournent contre ceux qui les ont tendus. Elle y arrive en pensant pouvoir régler ses affaires et éliminer une rivale, mais finit piégée dans une situation qu’elle ne maîtrise plus. Ce renversement est complet, même si sa mort n’est pas montrée.
Son handicap ne doit pas non plus être assimilé automatiquement à une incapacité à survivre. Le film présente une urgence violente et un danger immédiat ; il ne propose aucun pronostic médical ni ne décrit la vie ultérieure d’Elle. Son entraînement, sa blessure ou la présence de l’animal ne permettent pas d’estimer une probabilité fiable à partir de ce que nous voyons.
Si une interview ultérieure évoquait un avenir pour le personnage, il faudrait distinguer une intention ou une possibilité mentionnée d’une scène effectivement intégrée à une œuvre. Les projets peuvent changer, et les discussions autour d’une suite ne réécrivent pas à elles seules le montage de Vol. 2. La réponse concernant ce film doit se fonder sur ce qu’il montre.
La formulation exacte permet de maintenir deux affirmations : Elle est vivante lors de sa dernière apparition, et son sort par la suite n’est pas confirmé. Le point d’interrogation au générique accompagne cette incertitude. Choisir l’une des deux possibilités peut donner lieu à une théorie, mais pas à un dénouement que le spectateur aurait vu.
Retour au guide de Kill Bill.
