Fox Force Five est le pilote d’une série télévisée sur lequel Mia Wallace avait travaillé avant la soirée qu’elle passe avec Vincent. D’après sa description, il réunissait cinq agentes secrètes, chacune dotée d’une spécialité. Mia interprétait Raven McCoy, experte en couteaux. Le projet n’a pas été développé en série, mais son souvenir donne lieu à l’une des conversations les plus révélatrices de Pulp Fiction.
Cette anecdote permet à Mia de parler d’un rôle à elle, de ses chances en tant qu’actrice et d’un ressort comique qu’elle n’a jamais eu l’occasion de reprendre dans de nouveaux épisodes. Vincent écoute une petite histoire d’action tout en essayant de faire connaissance avec la femme qu’il accompagne. Le pilote prend ainsi sa place dans le dîner, même si le film n’en montre aucune scène.
La comparaison avec Kill Bill repose sur des similitudes évidentes : des femmes expertes en combat et Uma Thurman associée aux armes blanches. Elle met aussi en lumière des différences entre les personnages, la composition de l’équipe et l’intrigue. La collaboration artistique entre Tarantino et Thurman permet de replacer ces échos dans leur contexte, sans pour autant établir que Mia serait l’actrice qui incarne Beatrix dans cet univers fictif.
Les cinq membres du pilote
Mia décrit Fox Force Five pendant le dîner de Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994). Elle parle d’une équipe d’agentes secrètes conçue pour une série télévisée qui n’a jamais vu le jour. Nous découvrons le programme à travers ses explications : nous ne voyons ni générique, ni mission, ni scène du pilote. La répartition des spécialités dont elle se souvient suffit à imaginer la formule du spectacle.
- Une cheffe blonde, interprétée par l’actrice fictive Sommerset O’Neal.
- Une agente japonaise experte en kung-fu.
- Une membre noire de l’équipe spécialisée dans les démolitions.
- Une Française dont la spécialité était le sexe.
- Raven McCoy, le personnage de Mia, se distingue par sa maîtrise des couteaux.
La biographie de Raven évoque une enfance parmi les artistes de cirque et un grand-père issu du vaudeville qui lui a appris de nombreuses blagues. Le programme aurait exploité ce répertoire comme un ressort récurrent : chaque épisode aurait comporté une blague racontée par Raven. Mia n’a eu l’occasion d’en jouer qu’une seule. Le danger de ses prouesses et l’humour désuet coexistaient donc dans la présentation du personnage.
La description réduit les membres de l’équipe à des caractéristiques immédiatement reconnaissables. L’origine, l’apparence et une aptitude suffisent à définir leurs rôles. On peut y voir une caricature d’une formule télévisuelle : l’action promet de la variété, mais la description ramène presque toutes les femmes à une étiquette. Raven bénéficie d’un passé plus détaillé parce que c’est le rôle que Mia connaît de l’intérieur et dont Vincent l’interroge.
Ce que Fox Force Five apporte à l’histoire de Mia
Lors du dîner de Mia et Vincent au Jack Rabbit Slim’s, ce souvenir lui fournit un sujet dont elle peut parler en connaissance de cause. Pendant quelques minutes, elle n’est plus seulement l’épouse du patron dont Vincent a entendu parler. Elle a participé à un travail, se souvient de sa conception et sait ce que son personnage aurait fait si la production s’était poursuivie.
L’épisode apporte une nuance concrète à Mia Wallace : son parcours dans le spectacle comprend une occasion qui s’est vite envolée. Cela n’explique pas toute sa vie et ne prouve pas qu’elle ait renoncé définitivement au métier d’actrice. Mais cela nous permet de l’entendre décrire en détail une promesse professionnelle non tenue et rire du caractère artificiel de ce projet. Les exploits extraordinaires appartiennent au personnage qu’elle interprétait ; le souvenir professionnel appartient à Mia.
Vincent veut entendre la blague, mais elle craint qu’elle ne soit mauvaise après qu’il a tant insisté. La discussion transforme une anecdote sur le pilote en négociation sur qui maîtrise la conversation. En revenant sur le sujet au moment de se quitter, l’épisode de Vincent et Miareprend un élément resté en suspens avant la crise de cette nuit-là. Ce petit numéro comique tient une promesse entre eux et leur permet de retrouver un ton plus quotidien.
Les parallèles avec Kill Bill et leurs limites
La comparaison avec Kill Bills’appuie surtout sur Uma Thurman : elle interprète Mia, qui avait joué une spécialiste des couteaux, puis Beatrix Kiddo, une combattante experte en armes blanches. Le goût pour les héroïnes d’action aux aptitudes très affirmées rapproche aussi les deux concepts. Ce sont des similitudes entre la description du pilote et les films de 2003 et 2004 ; elles ne font pas de Raven et Beatrix un seul et même personnage.
La composition des équipes exclut toute équivalence exacte. Dans Kill Bill, Beatrix, O-Ren Ishii, Vernita Green et Elle Driver sont liées à l’organisation de Bill, à laquelle appartient aussi Budd. C’est Bill qui la dirige. Le synopsis officiel de Kill Bill Vol. 2 publié par le Festival de Cannes en 2004 mentionne explicitement Budd et Elle parmi les anciens complices que la Mariée poursuit. Ce groupe ne se compose donc pas de cinq femmes.
Le lien entre les membres des deux équipes diffère également. Fox Force Five est présentée comme une équipe de collaboratrices aux compétences complémentaires. Kill Bill construit son intrigue autour de la rupture avec une organisation et de la vengeance contre ceux qui ont trahi la protagoniste. L’héroïne du récit affronte ses anciens complices. Cette différence touche à la structure de l’histoire, au-delà de la ressemblance entre certaines silhouettes ou spécialités.
Il existe un lien créatif documenté, mais de portée différente. Dans A Life in Pictures, publié par la BAFTA en novembre 2019, Tarantino a raconté que l’idée de Kill Bill lui était venue pendant le tournage de Pulp Fiction, alors qu’il discutait avec Thurman d’une histoire de vengeance. Il lui a attribué l’idée de faire apparaître la protagoniste en robe de mariée. Ce témoignage explique leur collaboration, sans décrire une adaptation du pilote.
Au cours du même entretien, Tarantino a associé les membres de l’escadron à différents genres d’action et relié O-Ren au cinéma japonais de samouraïs. Le pilote répartit des aptitudes entre ses agentes ; Kill Bill transforme les affrontements en variations sur différentes traditions cinématographiques. La ressemblance tient à cette diversité au sein du groupe, mais les fonctions diffèrent : collaborer à une mission ou devenir le prochain obstacle sur la route de Beatrix.
Mia explique que le titre du pilote associe séduction, force et nombre de membres. Les trois mots anglais commencent en outre par la même consonne, ce qui rend le nom presque aussi facile à retenir qu’un slogan. Son explication tient un peu de l’argumentaire commercial : elle énumère les atouts de l’équipe et transforme un programme qui n’a pas abouti en une petite performance pendant le dîner.
La blague associée à Raven repose sur un autre type de jeu de mots. La plaisanterie des tomates que Mia finit par raconter dépend de la proximité sonore, en anglais, entre le nom d’une sauce et une expression évoquant le fait de rattraper ceux qui vous précèdent. Son effet repose sur cette coïncidence de sons, ainsi que sur la situation absurde qu’elle raconte.
Ces deux ressorts appartiennent à l’univers du spectacle dont Mia se souvient : un titre conçu pour être retenu immédiatement et une chute facile à répéter. L’association convient à un personnage d’action auquel le programme voulait aussi donner une signature comique reconnaissable d’un épisode à l’autre.
