La référence à un mélange de peinture jaune et bleue dans un monologue de Mr Orange n’a pas pu être corroborée dans les textes consultés de Reservoir Dogs. Ni le brouillon daté de 1990 ni la transcription des dialogues de la version sortie en salles utilisée pour vérifier cette référence ne permettent de retrouver ce passage. Il n’y a donc aucune phrase identifiée que l’on puisse citer et expliquer comme faisant partie de son intervention.
La question associe un élément reconnaissable du film — Orange qui prépare une histoire — à une comparaison sur la peinture dont l’origine n’est pas établie. Distinguer les deux évite de transformer une description incertaine en une scène qui aurait réellement eu lieu. L’existence du récit préparé ne confirme pas tous les procédés qui lui sont attribués.
Les couleurs apparaissent bien dans le vocabulaire du groupe, principalement à travers les pseudonymes. Cette présence ne suffit pas à prouver que quelqu’un utilise un mélange de pigments pour expliquer comment mentir. Il faut donc maintenir cette distinction et limiter l’attribution à ce que l’on peut retrouver dans les textes.
Ce que montrent le brouillon et la transcription
Le scénario de Quentin Tarantino daté du 22 octobre 1990, conservé sur IMSDb, ne contient pas le passage sur la peinture jaune et bleue évoqué dans la question. La recherche du mot anglais paint ne donne pas non plus de résultat. Cela permet de décrire ce document précis, mais ne fait pas d’un brouillon antérieur à la sortie du film la transcription de toutes ses versions.
La transcription des dialogues publiée par Springfield! Springfield! ne permet pas non plus de retrouver cette comparaison. Les deux textes mentionnent Mr Yellow lors de la discussion sur les noms attribués aux braqueurs. Le jaune fait alors partie d’un pseudonyme possible. L’échange ne décrit pas un mélange de peintures et ne se présente pas comme un enseignement destiné à Mr Orange.
La différence entre les documents compte lorsqu’on attribue une réplique. Par exemple, dans le brouillon de 1990, c’est Mr Pink qui donne l’explication initiale sur Madonna, alors que Mr Brown la prononce dans la version sortie en salles. Ce changement précis montre pourquoi il faut toujours indiquer la version de référence lorsqu’on attribue une réplique. Il ne fournit toutefois aucun autre passage qui permettrait de répondre à la question sur la peinture.
Quel lien peut-on établir avec Mr Orange ?
L’identité clandestine de Mr Orange fait bien de la tromperie une partie de son travail dans le récit. La préparation d’une histoire lui permet de proposer à ses interlocuteurs une expérience qu’ils peuvent croire vécue. Ce contexte explique l’intérêt porté aux moyens qu’il emploie pour paraître convaincant, mais ne prouve pas l’existence de la comparaison de couleurs recherchée.
Pour lui attribuer la peinture jaune et bleue, il faudrait identifier une intervention précise : une phrase qu’il prononce, une indication concernant sa préparation ou une explication qui lui est destinée. Les documents vérifiés ne fournissent pas cet appui. Ils ne permettent pas non plus d’attribuer cette phrase à un autre personnage avec certitude ni de la présenter comme un détail d’une version alternative.
Cette référence doit donc être considérée comme non corroborée. Rien ne permet de citer de prétendues paroles d’Orange, de leur attribuer une signification symbolique dans le film ou d’expliquer comment elles l’aident à convaincre le groupe. On peut analyser l’histoire préparée à partir de ce que montre le récit, sans y ajouter une comparaison dont aucun passage précis n’a encore été identifié.
Une comparaison créée par un commentateur et une métaphore prononcée par un personnage n’ont pas le même statut. Quelqu’un peut utiliser le mélange de couleurs pour expliquer sa propre interprétation d’un mensonge, mais cette image relève alors de son explication. Pour la considérer comme un procédé écrit par Tarantino dans Reservoir Dogs, il faudrait la retrouver dans les dialogues ou dans une indication du scénario. Cette distinction touche à la paternité de l’idée, même lorsqu’une analogie est facile à retenir.
Le destinataire de l’explication change également la donne. Une image adressée au lecteur d’une analyse ne fait pas automatiquement partie de ce qu’Orange apprend ou de ce que ses interlocuteurs entendent. Confondre ces niveaux ajoute des informations à la scène et en modifie l’interprétation. Dans le cas présent, la prudence consiste à ne pas inclure cette comparaison parmi les paroles attribuées aux personnages tant que son origine n’est pas établie, sans pour autant nier l’importance de la tromperie dans le film.
