L’argot criminel de Reservoir Dogs comprend des mots courants pour parler de diamants, de dénonciation et de tromperie. Leur sens peut être vérifié à la lumière du contexte de chaque conversation et, dans certains cas, à l’aide d’un dictionnaire. Cela permet de distinguer le vocabulaire reconnaissable de la manière particulière dont Tarantino l’utilise pour caractériser ses personnages.
Le contexte est déterminant. Un mot peut désigner un objet du butin ; un autre peut servir à accuser quelqu’un du point de vue de la bande. Comprendre une expression n’oblige pas à tenir pour vraie l’histoire racontée par celui qui la prononce. Orange, par exemple, peut employer un terme convaincant tout en donnant aux autres une explication mensongère.
Il faut aussi distinguer les paroles des acteurs des didascalies du scénario. Un terme utilisé pour décrire une confrontation peut relever de la préparation de la scène et non des propos de ses participants. Le réalisme du film vient de ces mots, mais aussi de ceux qui les connaissent, de la façon dont ils y réagissent et de ce qu’ils cherchent à obtenir au cours de la conversation.
Le film offre des exemples concrets d’argot, mais ses dialogues ne constituent pas un témoignage documentaire sur la façon de parler d’une véritable bande. Le sens d’un mot et son efficacité dramatique peuvent être étudiés séparément. Pour identifier les usages, il convient de se référer au montage sorti en salles de Reservoir Dogs, de Quentin Tarantino, et de le distinguer de la version du scénario datée du 22 octobre 1990.
Quatre expressions et leur contexte
Rat désigne l’indicateur ou le traître du point de vue des délinquants. Merriam-Webster recense ces deux sens. Dans l’entrepôt, les soupçons se portent sur quelqu’un qui aurait fourni des informations à la police. Le mot inscrit l’accusation dans le cadre des intérêts de la bande : les braqueurs veulent découvrir qui a compromis leur opération.
Ice désigne les diamants dans la conversation entre White et Joe au sujet de la revente du butin. Merriam-Webster atteste cet emploi argotique pour parler de diamants et de bijoux. La phrase suppose qu’ils partagent le même sens ; aucun des deux n’a besoin de s’arrêter pour l’expliquer. Cette compréhension immédiate contribue à suggérer qu’ils ont déjà travaillé ensemble.
Stones désigne les pierres du butin quand Eddie demande où sont les diamants. Le contexte permet d’identifier l’objet sans transformer la conversation en description technique de joaillerie. La question a un objectif immédiat : localiser le butin et savoir ce qu’il reste de l’opération. Le vocabulaire répond à ce besoin pratique.
Burn prend le sens de tromperie ou de trahison dans le récit qu’Orange fait au sujet de Blonde. Selon sa version, le défunt avait prévu de s’emparer des diamants. Le mot convient à l’échange, mais le film permet de comprendre qu’Orange cherche à justifier ce qui s’est passé. Il ne faut pas intégrer sa version à l’histoire comme si le projet de Blonde était avéré.
L’argot sert aussi à convaincre
Les personnages emploient souvent ce vocabulaire sans le définir, car ils parlent à des interlocuteurs dont ils supposent qu’ils partagent leur expérience. Le spectateur en découvre le sens à travers les réactions : une question sur le butin appelle une information sur son emplacement ; une accusation suscite une défense. L’échange permet de comprendre la fonction du terme, même si on ne le connaissait pas auparavant.
Les soupçons compliquent les choses. Connaître les bons mots peut aider à se faire passer pour un membre du groupe. Orange doit préserver cette appartenance et adapter son comportement à ce que les autres attendent de lui. Le réalisme ne tient pas uniquement au fait de prononcer une expression argotique, mais aussi au fait de savoir quand l’utiliser et quelle réaction susciter. La scène peut montrer une comédie convaincante alors que le public connaît la supercherie.
Tarantino a expliqué à Erik Bauer l’importance de la répétition, du rythme et des digressions dans son écriture : « Method Writing », entretien publié initialement dans Creative Screenwriting en 1998. Ses observations sur sa méthode aident à comprendre cette stylisation, même si l’entretien ne témoigne pas d’une recherche sociolinguistique sur chaque expression de Reservoir Dogs. Le dialogue cinématographique répond aussi aux exigences de la durée et du jeu des acteurs.
Le sens d’une insulte ou d’une accusation ne décrit pas non plus de manière neutre la personne visée. Que les braqueurs considèrent un policier comme un traître relève de leur façon de comprendre le conflit. Le public peut saisir cet emploi tout en portant un autre jugement sur la situation. Le film maintient cette distance en révélant des informations que ses personnages ignorent.
Une didascalie n’est pas une réplique
Mexican standoff figure dans le scénario de 1990 comme indication de mise en scène pour la confrontation armée. À cet endroit, l’expression décrit la scène au lieu de faire partie d’une réplique. Le face-à-face armé chez Tarantino peut être étudié comme un procédé dramatique sans inclure son nom technique dans un inventaire des paroles des délinquants.
La même précaution s’applique aux listes de vocabulaire établies à partir de copies du texte. Les noms en tête des répliques indiquent qui parle ; les didascalies signalent une action, une position ou un changement de plan. Si l’on confond ces deux niveaux, on risque d’attribuer au personnage des expressions qui appartiennent à l’auteur du scénario.
La comparaison entre le scénario de Reservoir Dogs et le film permet également de vérifier que certaines répliques ont changé de locuteur. Pour citer une phrase de la version sortie en salles, il ne suffit pas de la retrouver dans un document antérieur quelconque. Préciser la version, la scène et l’interlocuteur permet de préserver ce qui rend ce vocabulaire intéressant : son sens précis dans le cadre d’une relation, au-delà du fait qu’un mot semble associé au cinéma policier.
Les dictionnaires permettent de vérifier un sens, mais ne rendent pas compte de toute l’interprétation qui le rend convaincant. La rapidité d’une réponse, la familiarité avec une expression et l’absence d’explications peuvent suggérer que deux personnages partagent une expérience. Une question inattendue peut, au contraire, révéler que l’un a besoin d’une information que l’autre croyait connue. Cet échange apporte des nuances qu’une liste de termes ne peut préserver.
Il importe également de voir si le mot désigne quelque chose de vérifiable ou s’il cherche à imposer une version des faits. Les diamants ont une fonction matérielle dans l’opération ; une accusation dépend de ce que chaque homme sait et de la personne qu’il veut convaincre. L’assurance avec laquelle on s’exprime peut donner du poids aux deux types de propos, même si leur rapport à la vérité diffère.
L’argot de Reservoir Dogs fonctionne dans ces conditions. En connaître le sens aide à suivre les dialogues ; prêter attention aux réactions permet de comprendre pourquoi une expression est utile à celui qui la prononce à ce moment-là.
